‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 18 sur 142 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

pompe, et donna lieu à des joutes et des tournois magnifiques.

Anne d'Esté n'apportait que cent cinquante mille livres de dot à son époux, pour tout ce qui pouvait lui revenir de l'héritage paternel et maternel. De plus, pour l'acquit de la somme de cent cinquante mille livres tournois que la France devait encore au duc de Ferrare, à la suite d'un emprunt contracté par François Ier après la bataille de Pavie. Henri II aliénait <( du domaine « dix mille livres tournois de rente au prouffit du duc « d'Aumale, en faveur du mariage deluy et de laprin- « cesse de Ferrare. » Ce qui n'empêchait pas, paraît-il, le duc d'Aumale de se trouver fort gêné et d'être réduit à contracter des emprunts.

Dans les divers actes ou contrats dressés à l'occasion de son mariage, François de Lorraine continua de prendre le titre de duc d'Anjou, afin de maintenir toujours scrupuleusement les prétentions de sa famille sur ce duché, et d'affirmer qu'il descendait de la maison royale par Yolande, fille de René d'Anjou.

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La guerre avec l'Empire. — Conquête des Trois-Évêchés. — L'armée française, victorieuse, bat en retraite. — Siège de Metz. — François de Guise défend la ville contre Charles- Quint. — Bataille de Renty. — Expédition d'Italie. — Séjour à Rome. — Le duc d'Albe. — Campagne du Nord. — Le duc Emmanuel Philibert de Savoie. — Bataille de Saint-Quentin. — Retour du duc de Guise. — Siège et prise de Calais.

y^/RS événements politiques devaient donner ■f, *¥""/» f« bientôt un nouvel essor à la haute fortune y} à du duc de Guise. L'élection au souverain-

pontificat du pape Jules III, son alliance avec Charles-Quint, l'expédition en Italie, conseillée à Henri II par Guise qui voulait soutenir Farnèse, et trouver dans les compétitions des princes italiens, l'occasion d'affirmer d'une façon éclatante ses capacités de conducteur d'armées, et peut-être celle de revendiquer les droits de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples, la présence des Français en Piémont, enfin le regrettable traité conclu en 1551 avec les protestants allemands révoltés contre l'empereur, amenèrent le résultat prévu et désiré.

Charles-Quint, déjà engagé dans une guerre avec le sultan, se vit menacé par les forces réunies delà France et des princes gagnés à l'hérésie.

Au moment où cette guerre allait éclater, la France venait de soutenir une lutte gigantesque, marquée par de brillants succès et par des revers plus éclatants encore. Alors que l'Europe entière pliait sous le sceptre de Charles-Quint, elle avait su conserver l'indépendance de son territoire et de sa politique ; malgré des fautes de tout genre, malgré le déplorable état des finances, malgré l'infériorité de nombre, et d'organisation de ses armées, elle avait tenu en échec la puissance colossale de la maison d'Autriche, et, sans cesse sur le point dépérir, elle se relevait toujours avec une incroyable vitalité. Cette étrange alternative de faiblesse et d'héroïsme avait arraché au grand empereur ces paroles remarquables : « Il n'y a nation « au monde qui fasse plus pour sa ruine que la françoise, « et néantmoins tout luy tourne à salut, Dieu ayant en « sa protection particulière le roy et le royaume. »

Le duc d' Aumale, dans sa belle Histoire des pi'inces de la maison de Condé, donne les détails les plus curieux sur la formation et la conduite des armées à cette époque, et il n'est pas inutile de reproduire ces pages.

Les armées étaient dans une période de transition : le grand développement déjà donné à l'emploi des armes à feu, le rôle tout nouveau de l'infanterie, les progrès du pouvoir royal et les guerres lointaines avaient détruit la vieille organisation féodale. Mais les forces régulières que la France entretenait, la

cavalerie répartie en compagnies d'ordonnance, l'infanterie composée de bandes françaises et suisses, à peine suffisantes pour tenir habituellement la campagne en présence des Impériaux, toujours plus nombreux et mieux pourvus, ne pouvaient à elles seules, ni faire un effort décisif, ni soutenir un choc vigoureux.

Quand on s'attendait à recevoir la bataille ou que le roi avait permis de la donner, une foule de gentilshommes volontaires accouraient de toutes parts et venaient grossir les rangs de la gendarmerie soldée ou de la cavalerie légère ; les plus pauvres se plaçaient comme anspessades (') au milieu des piques de l'infanterie.

Si ce concours d'hommes braves et habitués au maniement des armes était pour le général un renfort indispensable, l'absence d'une hiérarchie militaire, où leur place fût marquée, en rendait l'emploi difficile, et leur indiscipline, toujours gênante, souvent fatale le jour de la bataille, devenait un embarras sérieux quand, par une raison quelconque, la bataille n'avait pas lieu.

Henri II rassembla son armée sur la frontière de

i. Anspessades ou lanspessades, « lancie spezzate, » lances rompues. On appelait ainsi originairement un chevau-léger qui, après avoir perdu cheval et armes en quelque honorable action, se jetait dans les rangs de l'infanterie, et prenait une pique en attendant mieux. Cette dénomination, venue des guerres du Piémont, s'étendit à tous les gentilshommes qui servaient dans l'infanterie.

(Note du duc (VAumale.)

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