CHAPITRE DEUXIEME
Champagne, au mois de mai 1552. Le duc de Guise et Gaspard de Coligny furent désignés pour la commander ; le duc d'Aumale, le grand prieur, le comte d'Enghien, le duc de Longueville, le prince de Condé, une foulede gentilshommes accoururentsouslabannière royale, et dès lors commença l'expédition célèbre qui devait nous donner, presque sans coup férir, la possession des Trois-Évêchés, et dont le but réel, quoique non déclaré, était d'établir la suzeraineté de la France sur la Lorraine et de lui assurer la frontière du Rhin, toujours estimée naturelle et toujours désirée.
Le roi tint un lit de justice, laissa la régence à la reine, au dauphin et à un conseil, la liéutenance générale de Paris et de l'Ile de France au cardinal de Bourbon. Et comme il avait besoin d'argent, il versa au trésor la plus grande partie de son épargne, imité aussitôt par tous les princes de la maison de Lorraine et de Guise, qui portèrent leur vaisselle à la Monnaie. L'étendard royal arbora cette devise fastueuse : « Henri, défenseur de la liberté germanique et protecteur des princes captifs». L'armée royale se composait de 15000 hommes de bandes françaises, 7000 suisses, 15000 lances, la maison du roi, 400 archers de la garde, 200 chevau-légers, 1200 arquebusiers à cheval, 2000 hommes des arrière-bans et 500 cavaliers anglais.
Presque toute la cour accompagna cette armée
jusqu'à la frontière, et durant la marche à travers les provinces, ce ne furent que bals, fêtes et tournois. Toul se rendit le 13 avril. Metz refusa d'abord d'ouvrir ses portes : le connétable de Montmorency menaça de la bombarder, y pénétra par ruse, et le roi l'y suivit le 18 avril, faisant une entrée solennelle dans la vieille cité lorraine, dont Artus de Cossé fut nommé gouverneur. Cette promenade triomphale à travers des provinces déjà gagnées à sa cause, suffisait, paraîtil, à la gloire de Henri II, qui laissa échapper, par indolence, la seule occasion sérieuse qui se fût présentée pour la France d'abattre son dangereux rival, Charles- Quint. Henri se présenta devant Strasbourg, qui lui ferma ses portes; il prit Haguenau et Vissembourg, mais il n'eut pas l'énergie de pousser plus avant ; il eut, au contraire, la faiblesse de céder aux sollicitations des princes allemands qui avaient peur de ses faciles victoires, car la rapide conquête des Trois-Évêchés avait causé une vive émotion outre Rhin ; l'Allemagne y vit comme une réaction de la race gauloise ; toutes les passions germaniques se rallumèrent et les dissensions des princes de l'empire furent un moment suspendues. Pour ces motifs « avorta, dit Vieilleville, « ce grand et superbe voyaige qui devoit enfanter à la « couronne de France une centaine de villes pour le « moins. »
L'armée française commença sa retraite le 25 mai