CHAPITRE DEUXIEME
de seigneurs, après avoir réparé les remparts de Toul où régnait la peste.
La ville, entourée- en partie par la Moselle et par la Seille, avait alors pour insuffisante protection de ses deux mille huit cent toises de circonférence, une simple muraille, un vieux bastion rond (tourion), au-dessus de la porte Champenoise, et des fossés à demi-comblés ou occupés par des constructions particulières. Les magasins étaient presque vides, les poudres vieillies, avariées, peu abondantes, l'artillerie incomplète et hors d'état de rendre de bons services. Les faubourgs, démesurément étendus, ne se trouvaient d'ailleurs couverts par aucun ouvrage extérieur, et la moisson qui s'achevait, ainsi que la vendange à son début, avaient attirés au-dehors tous les travailleurs indispensables, qui durent être suppléés d'abord par les femmes et les enfants, pour le transport des terres. Tel était l'état de cette place dont tout autre que le duc de Guise aurait désespéré, mais qui, grâce à sa force d'âme et à son énergie, allait résister aux attaques de la plus formidable armée qui eut, depuis longtemps, menacé la France, et devenir le théâtre d'un des plus illustres faits d'armes célébrés par l'histoire.
Les troupes que Guise trouva dans Metz se composaient seulement de douze enseignes d'infanterie de nouvelles levées. Pour leur faire contracter l'habitude des manœuvres et du service, il eut la patience de les
exercer partiellement lui-même, chaque soir, devant son logis. Au commencement de septembre, elles furent renforcées par sa propre compagnie d'hommes d'armes, par celles du duc de Lorraine, du prince de la Rochesur- Yon, par sept autres enseignes et trois compagnies de chevau-légers.
Il est impossible de se faire une idée exacte aujourd'hui de l'enthousiasme que souleva par toute la France cette guerre nationale. Les princes du sang, comme de simples soldats, tenaient à honneur de combattre contre Charles-Quint, sous les ordres du vaillant duc de Guise. Les mémoires du temps nous apprennent que jamais général ne se vit à la tête de tant de princes et de tant de gentilshommes de la plus haute naissance. C'était à qui obtiendrait la faveur d'aller rejoindre le prince lorrain ; et l'on vit Jean de Bourbon comte d'Enghien, le prince de Condé son frère, le prince de la Roche-Sur- Yon, le duc de Nemours, Horace Farnèse, duc de Castro, servir dans l'armée comme simples volontaires. Les gentilshommes qui, pour leur bon plaisir, vinrent défendre Metz étaient si nombreux, qu'ils purent former plusieurs compagnies d'élite, dont chacune fit choix de son capitaine.
Il y avait entre François et le connétable grande rivalité. Le prince lorrain savait bien qu'il n'avait pas de secours à attendre de l'irascible et orgueilleux Montmorency ; mais cette difficulté de plus était un