‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 27 sur 142 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Mais les assiégés n'étaient pas exempts de misères. Les vivres diminuaient, et les blessés mouraient, faute de soins nécessaires. Guise put faire parvenir au roi une lettre dans laquelle il lui peignait sa situation. Le roi se hâta de lui envoyer l'habile Ambroise Paré, ainsi que l'apothicaire Dègues. Saint-André et Vieilleville achetèrent pour une somme de 1500 écus un capitaine italien qui, d'accord avec quelques officiers de la compagnie du duc de Guise, fit pénétrer à Metz, dans la nuit, Ambroise Paré et son bagage médical (').

Enfin le 2 décembre, l'empereur Charles fit mettre sur pied soixante mille hommes de son armée et résolut de tenter l'assaut. Il se fit transporter de sa personne au milieu de ses soldats. Guise, prévoyant que le moment était décisif, fit ranger à son tour son armée en bataille et la plaça sur les remparts de la ville.

Une embuscade était préparée du côté de la porte Moselle. Le prince lorrain la déjoua en faisant opérer par sa cavalerie une vigoureuse sortie de ce côté.

Quand les soixante mille hommes que commandait Charles-Quint se trouvèrent sous les remparts, et qu'ils virent devant eux l'armée française couverte d'armures étincelantes, pleine d'ardeur martiale et joyeuse de livrer bataille, ils se sentirent sans force et sans courage. En vain l'Empereur traverse leurs rangs,

i. H, Forneron, Les ducs de Guise.

exhortant les uns, menaçant les autres ; tous restent immobiles. Le puissant monarque, comprenant l'inutilité de ses efforts, courbe la tête et retourne dans son camp la mort dans le cœur. Ce fut le dernier acte de cette brillante épopée.

Cependant Guise ne pouvait croire encore à son succès définitif. Les canons continuaient à battre les remparts, et, bien que sans effet, leur feu était assez nourri.

« On m'a assuré, écrivait-il le 5 décembre au cardi- « nal son frère, qu'ils sont sous terre, qu'ils la veulent « miner; nous sommes en beaucoup d'endroits, atten- « dans, et trouvans de l'eau presque partout qui leur « sera très contraire à leur entreprise. Conclusions, « nous ne dormons pas plus qu'eulx, plus on va en « avant, et se coignoist que ce vieillart (*) est obstiné; « mais j'ai espérance en Dieu et aux gens de bien qui « sont icy, quil riy fera non plus que devant Metz, qui « est l'ancien mot du pais. » — « Je vous supplie, « disait-il ensuite, monstrer ceste lettre au roy et lui « présenter mes très humbles recommandations à sa « bonne grâce. Vous en prendrez, s'il vous plaist, votre « part et monsieur le connétable aussi ; le pouvez as- « seurer ses enfants estre en bonne santé, et que d'An- « ville sçait aussi bien porter la hotte et mieulx qu'es- «cripre... nostre mère aura sa part de ceste lettre

I, Charles-Quint.

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