CHAPITRE DEUXIEME
« et les très-humbles recommandations de ses trois
« enfants qui sont icy, esquelles ne voulons oublier nos « femmes. »
La saison était rude et les vivres manquaient dans le camp des Impériaux. Aussi le 26 décembre, Charles- Quint reconnut-il la nécessité d'abandonner son entreprise et fit-il transporter son camp, ainsi que son artillerie de l'autre côté de la Moselle. En prenant cette résolution, qui était pour lui l'aveu d'une honteuse défaite, il laissait échapper ce cri de douleur : « Je vois bien que la fortune ressemble aux femmes, elle préfère un jeune roi à un vieil empereur! »
Le duc d'Albe et Marignan levèrent aussi leur camp, mais dans la nuit, en silence, et « presque chassés de punition divine », dit François Rabutin. Ils abandonnèrent toutes leurs munitions et leurs tentes.
Guise avait écrit à son frère « que tant que l'empe- « reur aurait vie, il ne voudroit recevoir cette honte « de partir avant qu'il en voie la fin ».
Le lendemain du jour où il écrivit ces lignes, il eut lajoie de voir, du haut des remparts de Metz, que les Espagnols et les Italiens avaient entièrement évacué leurs positions. Il ne restait devant la ville que le marquis de Brandebourg qui ne pouvait se résoudre à battre en retraite. Guise l'y contraignit en balayant son camp à coups de couleuvrines et de fauconneaux, qu'il plaça dans une petite île de la Moselle, au-dessus du pont des Morts.
François de Guise venait d'attacher son nom à l'histoire et de se placer au premier rang des grands