CHAPITRE DEUXIEME
capitaines de son époque, par la bravoure et les hautes capacités militaires dont il avait fait preuve pendant ce siège mémorable (1552).
Dans leur précipitation à lever "leur camp, les Impériaux avaient abandonné des blessés et des malades à une mort certaine. Le duc d'Albe en traînait à sa suite une longue file. Guise leur fit prodiguer tous les soins que réclamait leur situation, et les renvoya libres et guéris ; puis il fit offrir au général espagnol des bateaux pour transporter ses blessés à Thionville.
La Roche-sur- Yon, frère puîné du duc de Montpensier, poursuivait avec sa cavalerie, forte seulement de trois à quatre mille hommes, l'armée de Charles- Quint, réduite à cinquante mille fugitifs ; à la queue de l'armée était un détachement de cavaliers allemands, protégeant un convoi de chariots chargés de malades et de blessés. Se voyant attaqué et se sachant incapable de résistance, le capitaine allemand sortit des rangs et s'écria : « Seigneurs français, n'est-ce pas pour l'honneur que vous combattez ? — Oui ! répondirent officiers et soldats. — Eh bien, reprit le capitaine, s'il en est ainsi, retirez-vous, car vous n'auriez nul honneur de combattre contre des mourants. » Les Français le laissèrent passer et retournèrent sur leurs pas.
Plus de trente mille ennemis étaient morts sous les murs de Metz. La ville avait soutenu un siège de
soixante-cinq jours, et arrêté devant ses murs une armée de cent vingt mille hommes qui devait envahir la France.
Guise, en cette occasion, déploya toutes les ressources de son génie et toutes les nobles qualités de son cœur.
« C'est à peu près le sommaire, » disent les Mémoires de Solignac, « de tout ce qui est advenu en ce siège « de Metz, grand et notable pour beaucoup de respects, « soit pour la grandeur de l'empereur qui en avoit juré « l'entreprinse, et pour le nombre des princes qui « estoyent avecques luy, soit pour toutes ses forces et « appareil de guerre qu'il y avoit amené, et pour la « longueur du temps qu'il a campé devant ; d'aultre « costé, l'importance de la ville, en laquelle consistoit « un grand advantage de la guerre commencée entre « ces deux princes ; les personnages de qualité qui « estoyent dedans pour la garder, la louange que nos « gens de guerre se peuvent donner de l'avoir fortifiée, « avitaillée et défendue pour le roi en cinq mois, oultre « tant d'autres belles et grandes choses qui s'y sont « faictes, où, si la vaillance et le bien faire d'aulcuns « ne s'y trouvent récités comme ils méritent, ils soyent « asseurés qu'il n'a tenu à l'avoir voulu, mais à ne « l'avoir sceu, ou ne l'avoir sceu bien faire ; ce qui les « venge assez de moy, en ce que mon ignorance re- « vient à punition de mon défault ; et souhaiterois, pour