‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 3 sur 142 · Chapitre premier · texte numérisé non relu

Chapitre premier

La maison de Lorraine. — René II. — Le premier duc de Guise. — Le Grand Boucher. — Un quatrain royal. — Le duc Claude et ses enfants. — Le second duc de Guise et le second Cardinal de Lorraine. — Les premières grandeurs de la maison de Guise. — L'enfance de François de Lorraine. — Exploits de jeunesse. — Campagne de Flandre. — Guerre contre l'Anglais. — Mariage du prince.

3^/1 la maison de Lorraine ne descend pas,

Qf comme l'a prétendu l'un de ses plus audafcj^==$ cieux généalogistes, de la famille royale de Troie, par Francus, fils d'Hector et d'Hélène, elle eut certainement pour tige Gérard, neveu de l'empereur Henri III, qui l'investit, en 1047, du duché héréditaire de Lorraine. Ce Gérard, dont le père et l'aïeul avaient porté le double titre de comte-marchis en Alsace, eut pour épouse Hadvide, fille d'Albert Ier, comte de Namur, et d'Hermengarde de Lorraine, fille de Charles de France, et petite-fille du roi Louis d'Outremer, ayant, par conséquent, dans les veines du sang de Charlemagne.

Gérard d'Alsace laissa deux fils: l'aîné, Thierry, hérita de la Lorraine ; le second, Gérard, fut le chef de la première branche de Vaudemont, qui, à la dixième génération, s'éteignit dans la famille des seigneurs de Joinville.

René II, le vainqueur de Charles le Téméraire qu'il défit sous les murs de Nancy, où l'aventureux duc de Bourgogne trouva la mort, fut un prince magnanime. C'est lui qui, venant rendre hommage aux restes mortels de son ennemi, disait à ce cadavre, en baisant sa main glacée : « Biau cousin, vos âmes ait Dieu ! Vous « nous avez fait moult maux et doulours. » C'est lui encore qui répondait à un capitaine venant lui demander s'il fallait mettre le feu à un village dont on s'était emparé : « Capitaine, quand maux voudras faire, en- « querre conseil de moi, et point n'en feras. » René 1 1 avait épousé Philippe, fille d'Adolphe d'Egmont, duc de Gueldres, et de Catherine de Bourbon. Mère de douze enfants, cette princesse survécut à son mari ; elle se consacra onze années à l'éducation de ses fils ; puis elle entra en religion chez les Filles de Sainte- Claire de Pont-à-Mousson, et y mourut en odeur de sainteté, le 26 février 1547, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. De ses fils, l'un, Antoine, succéda au duché de Lorraine et fut surnommé le Bon Duc; trois moururent à la guerre, l'un à Pavie, l'autre à Marignan, le dernier au siège de Naples ; un autre encore, Jean, fut cardi-

La bataille de Nancy (d'après une ancienne estampe).

nal, et joua un rôle diplomatique important. Enfin Claude, le cinquième fils, fut le chef de la maison de Guise.

Naturalisé français à l'âge de onze ans, il prit part à la bataille de Marignan où il fut laissé pour mort, il fit ensuite la campagne d'Espagne avec Bonnivet. Il lutta contre l'invasion anglaise, battit les Impériaux à Neuchâteau, refoula l'invasion des fanatiques luthériens d'Allemagne pendant la captivité du roi à Madrid, et fut, enfin, le seul des généraux français de cette période qui ne fut jamais battu. Seulement, on le surnomma le Grand Boucher.

Cependant, François Ier, qui témoignait d'abord à Claude de Lorraine de l'affection et de la reconnaissance, qui lui confiait le gouvernement de la Bourgogne et érigeait le comté de Guise en duché-pairie, ne tarda pas à manifester les craintes que lui inspirait l'ambition toujours croissante des princes lorrains, qui, se prétendant légitimes héritiers du roi René d'Anjou, joignaient à leurs armes celles de Sicile, de Naples, de Jérusalem, d'Anjou et de Provence, et ne laissaient échapper aucune occasion d'affirmer leurs prétentions sur ces royaumes plus ou moins chimériques, et sur des provinces relevant de la couronne de France.

Le cardinal Jean, frère de Claude, un des prélats les plus magnifiques de cette époque, fut souvent

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