CHAPITRE DEUXIÈME
l'amiral de Coligny se battirent vaillamment aux côtés de Henri II et culbutèrent les Espagnols commandés par l'empereur en personne. C'est du soir de cette bataille que data l'inimitié violente qui divisa dès lors Guise et Coligny.
Le premier, qui à la tête de la gendarmerie, avait enlevé dix-sept enseignes à l'ennemi, fut cependant accusé d'avoir, par prudence personnelle, lancé le duc de Nemours sur les Espagnols, au lieu de s'y porter lui-même. Le connétable déclara que la bataille était perdue sans son neveu Coligny, et celui-ci ajouta que le duc de Guise ne s'était pas trouvé dans le combat, là où il disait être. Ces bruits transpirèrent vite, et, le soir de la bataille, une discussion très vive s'engagea entre François de Lorraine et Coligny, sous la tente du roi. Le duc de Guise expliqua sa conduite en homme accoutumé aux hommages et aux réparations, tandis que l'amiral persista dans son blâme.
Ils en vinrent même à porter la main sur la garde de leurs épées et ils les tiraient du fourreau, lorsque les courtisans se jetèrent entre eux. Le roi, survenant, ordonna aux adversaires, qui étaient ses deux favoris, de s'embrasser et de tout oublier. Ils hésitèrent et n'obéirent qu'à demi. Ils s'embrassèrent, mais ils n'oublièrent pas (*).
L'amitié de Guise et Coligny datait pourtant de
i. Dargaud, Hist. de la liberté religieuse.
leurs jeunes années. Amitié éphémère, sans doute, mais qui fait penser aux plus beaux temps de la chevalerie.
A son début à la cour, Gaspard de Châtillon avait distingué parmi les jeunes seigneurs, le jeune François de Lorraine et, si discret qu'il fût dans ses liaisons, il s'était laissé entraîner vers lui par ce feu du cœur qui éclate si soudainement et si délicieusement dans la jeunesse. Entre de tels caractères, l'amitié est prompte, dit M. Dargaud. Ces deux brillants seigneurs s'unirent intimement. La légère différence des rangs entre lui et François ne déplut point à Coligny. A l'exemple de son oncle et de ses cousins de Montmorency, il s'était accoutumé à primer un peu même la plus illustré noblesse, et à ne voir, pour ainsi dire, des égaux que dans ses supérieurs. Dès l'adolescence, il allait presque de pair avec les Guises et avec les princes du sang.
Quoi qu'il en soit, Coligny et François de Lorraine, que l'on appelait alors, tantôt le prince de Joinville, tantôt le duc d'Aumale, se convinrent et s'aimèrent. Le goût de l'un pour l'autre était si vif, qu'ils ne se quittaient plus. Ils étudiaient ensemble la guerre en pleine paix. Ils approfondissaient la tactique et la stratégie d'alors, l'attaque et la défense des places ; ils cherchaient à s'expliquer mutuellement les difficultés, les combinaisons, les ressources de cet art des combats dans lequel ils devaient être tous deux «des