CHAPITRE DEUXIÈME
maîtres. Leurs plaisirs aussi étaient communs. Ils faisaient des armes, ils nageaient, ils montaient à cheval, ils chassaient, ils allaient aux bals et aux fêtes de compagnie, portant les mêmes couleurs et vêtus selon les mêmes modes.
Ils avaient parfois, néanmoins, quelques dissentiments, mais point de disputes, et, loin de les diviser, la discussion les rapprochait de plus en plus. Malgré des opinions contraires et des caractères opposés, la sympathie de leurs cœurs et leur estime réciproque ne cessaient de croître. Ils vécurent donc dans le charme d'une amitié qui les honorait l'un et l'autre, durant des années ; et, dans la guerre, cette amitié de Coligny et de François de Lorraine s'éclaira d'une lueur d'héroïsme et devint une fraternité d'armes. Elle devait cesser et se rompre pour jamais, lorsque fut enfin dévoilée l'apostasie de l'amiral encore secrète à Renty.
Charles-Quint, au moment d'abdiquer la couronne, avait signé avec la France une trêve de cinq ans à Vaucelles (janvier 1556). Mais dix mois ne s'étaient pas écoulés que les hostilités recommençaient entre son successeur et Henri II.
L'expédition d'Italie, si l'on en croit les mémoires des contemporains, et entr'autres de Vieilleville, avait pour but de « satisfaire au traité de la ligue faite et conclue avec nostre saint Père le pape Paul qua-
trièsme, et respectivement ratifiée d'une part et d'autre en l'an 1555, par lequel il estoit tenu et obligé, toutes et quantes fois qu'il seroit assailly dans ses pays, de le secourir avec une armée de dix mille hommes de pied, moitié Suisses et moitié François, cinq cents
hommes d'armes et six cents chevau-légers. »
Nous savons qu'elle avait un autre but : celui de donner à la maison de Guise l'occasion
HHl de revendiquer ses
me de Naples. On
Le Pape Paul iv. n'était pas fâché
non plus de l'écarter, par le fait même, delà France où
elle commençait à porter ombrage, sinon au roi, du
moins à une grande partie de la noblesse.
Paul IV, l'austère fondateur des théatins, élu pape à soixante dix-neuf ans, s'était donné un double but : comme pontife, la réforme du clergé ; comme prince italien, l'affranchissement de la péninsule, afin qu'elle redevînt « un instrument harmonieux à quatre cordes Rome, Naples, Venise et Milan ». Il eut le tort de de se décharger de ce dernier soin sur ses neveux