CHAPITRE DEUXIÈME
sance. Les Français gagnèrent de leur côté le duc de Ferrare, beau-père du duc de Guise ; il leur amena six mille hommes de troupes, remarquables par l'éclat de leur équipement, mais il exigea que le commandement en chef de l'armée lui fût promis. Le reste des princes et des Etats d'Italie s'enferma, à l'exemple de Venise, dans la neutralité que leur conseillait leur habituelle prudence, pour ne pas dire leur duplicité. Cosme de Médicis, duc de Florence, évita de se prononcer, malgré ses sympathies pour l'Espagne. Les autres princes étaient plutôt sympathiques à la France et au Pape, mais peu disposés à répondre aux espérances de l'ambassadeur français à Rome, M. d'Avanson, qui avait écrit que le duc de Guise était attendu « en grande dévotion comme un libérateur ».
L'Italie était déjà tombée à un degré d'abaissement politique plus grand que les contemporains eux-mêmes ne se le figuraient.
On tint un conseil de guerre pour savoir si l'on attaquerait Milan ou si l'on passerait outre. Le duc de Ferrare soutint le premier parti comme le plus sûr; Milan conquis, la guerre ne risquait plus de devenir une aventure ; Brissac, Saint-André et plusieurs autres généraux étaient de cet avis. Mais le cardinal Caraffa voulait qu'on marchât au secours de Rome, et il somma les Français d'exécuter leurs conventions avec Paul IV. Cet avis, d'ailleurs conforme aux instructions
de Henri II, l'emporta, et Guise poursuivit sa route. Le duc de Ferrare saisit cette occasion de quitter l'armée à Reggio, sous prétexte qu'il était obligé de défendre ses États contre les Farnèse et le gouvernement de Milan.
S'il avait suivi l'avis du duc de Ferrare, Guise se serait épargné de pénibles déceptions ; mais Rome et Naples l'attiraient: il hâta sa marche, obligea ses soldats à payer exactement les vivres qu'on lui apportait, et trouva ainsi le moyen à la fois de n'être pas retardé par la méfiance des villes fermées et de vivre dans l'abondance; son camp «sembloit une foire». Il entra enfin à Rome « le jour de quaresme-prenant » ; et il y reçut l'accueil le plus brillant.
Paul IV rompit sur-le-champ sa trêve avec le duc d'Albe; les troupes pontificales se mirent en campagne et reprirent les places occupées parles Espagnols l'automne précédent. Mais le gouvernement romain manquait d'argent et ne put tenir tous ses engagements. On en vint bientôt à de mutuelles récriminations. Le pape reprocha aux Français d'être arrivés trop tard, en trop petit nombre, et de l'avoir laissé épuiser ses ressources en soutenant seul une lutte inégale.
Pendant ce séjour à Rome, le duc de Guise put se procurer, au milieu de ses fêtes, le spectacle d'un combat judiciaire analogue à celui de Jarnac avec la Châtaigneraie, où il avait servi de témoin à l'un des adver-