CHAPITRE DEUXIÈME
saires;les deux adversaires étaient un « capitaine italien et un capitaine gascon nommé le capitaine Prouillan.Le capitaine italien estoit de belle et haulte taille, maigre et sec, et noiraut. Pour lors, toute l'armée estoit campée et logée à Monte- Rotundo, où le camp estoit assigné ; estant entrés dans le camp, solemnités toutes faites, la fortune voulut que l'Italien donnât un si grand et vilain coup d'espée sur le jarret de Prouillan, qu'il tombât par terre sans se pouvoir plus relever. L'Italien prit les armes de son ennemi, sortit hors du camp avec son parrain, confidans et amis, montés dans un coche, et les armes de son ennemy portées devant en signe de triomphe, s'en alla à Rome et y entra avec grande réjouissance et applaudissements et grands cris : vittoria, r onor délia patria servo (') ! » En voyant pour la seconde fois abattre le champion qu'il favorisait, le duc de Guise perdit le goût des duels et les interdit sévèrement dans la suite. Mais cet épisode des querelles entre soldats acheva de lui prouver qu'il n'avait rien à attendre des Romains.
Guise, sans avoir rien obtenu, rejoignit le gros de son armée qu'il avait laissée à Ascoli et continua sa marche vers le royaume de Naples où il entra en franchissant le Tronto. La petite place de Campli fut assaillie et enlevée en un instant. Une députation de barons angevins le pria de prendre la couronne de