CHAPITRE DEUXIEME
envieux, qui fit de lui l'ennemi du brave comte d'Egmont (T), pour la gloire qu'il avait acquise en vainquant les Français, tandis que lui-même était absorbé par
Ferdinand Alvarès de Tolède, duc d'Albe.
cette obscure campagne dans les montagnes napolitaines. Il y avait en lui du soldat et du courtisan; le duc
i. M. Forneron se trompe. Le duc d'Albe se vit, par devoir comme par raison d'état, obligé de faire décapiter Egmont, mais on sait qu'il versa des larmes arriéres sur ce supplice nécessaire.
d'Albe voulait ne rien céder à l'imprévu et s'assurer tous les avantages que peuvent fournir la prévoyance et la fermeté. Esprit étroit, docile au chef, dur au subordonné, sans éclat, mais sans témérité. C'était un homme grand, sec, droit, étranglé et sanglé dans son armure, avec une tête très petite, des joues jaunes, des yeux noirs, froids, qui regardaient de haut en bas. Une longue barbe descendait sur sa poitrine (').
« Je n'aurai garde de jouer le royaume de Naples contre le pourpoint brodé du duc de Guise. » Ces mots du duc d'Albe semblaient annoncer d'avance son plan de campagne. Bien que commandant une armée très supérieure en nombre, il se tint sur la défensive, ne se laissa jamais joindre que s'il se jugeait inattaquable, gagna du temps, chercha à lasser la fougue de son ennemi déjà exaspéré et dépaysé à travers tant de secrets obstacles.
« Pendant que Guise et les siens s'irritaient de la résistance et de l'absence des secours attendus de Rome le duc d'Albe, ayant obtenu du parlement napolitain deux millions de ducats, rassembla une armée de vingtcinq mille hommes, la plupart Italiens, et s'avança le long de l'Adriatique, de manière à tenir les Français en observation. Guise, après vingt-deux jours de tranchée et quatorze de canonnade, dut lever le siège de Civi-
i. M. H. Forneron : Les ducs de Guise et leur époque ; ouvrage de grande érudition, mais imprégné de l'esprit universitaire.