‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 38 sur 142 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

tella, revenir sur ses pas et rentrer dans les États de l'Église. Albe l'y suivit, mais à distance, satisfait de l'avoir forcé à la retraite; il refusa de compromettre ce succès en acceptant une bataille que les Français lui offrirent.

« Guise se trouva dans une situation difficile. Ses ressources étaient épuisées; l'argent lui manquait, les vivres également. Ses troupes, décimées par les fatigues, par les privations, par le climat, murmuraient tout haut, et criaient à la trahison. Le sentiment de l'impuissance où l'on était réduit pesait à tout le monde, aux soldats comme aux chefs. On sentait de plus que l'Italie, si difficile à émouvoir et toujours prête à suivre la fortune, était à la veille de devenir hostile. Guise demanda au pape des places pour loger ses troupes, en attendant qu'il pût recommencer la guerre utilement et reprendre l'offensive.

« Cependant Albe, aidé de M arc- Antoine Colonna, entrait dans la campagne de Rome, enlevait Segni, et jetait l'effroi dans la capitale du Saint-Siège. Paul IV appela les Français à son secours, et Guise vint s'établir à Tivoli.

« Les deux armées s'observèrent quelque temps. Le 26 août, le duc d'Albe tenta sur Rome une surprise de nuit; les mesures de défense prises par le cardinal Caraffa le forcèrent à se retirer. Mais ces démonstrations militaires semblent avoir eu pour principal objet de

dégoûter de la guerre les Romains. Le peuple demanda la paix; la plupart des membres du gouvernement étaient opposés à la guerre; Paul IV déclarait qu'il ne traiterait pas tant que les Espagnols auraient le pied sur son territoire. Guise jouait un rôle embarrassé, quand un courrier lui apporta la nouvelle de la perte de la bataille de Saint-Quentin et un ordre de rentrer en France avec toutes les troupes qu'il pourrait ramener. Il se hâta de prendre congé du pape qui se plaignit à son tour, et prétendit à bon droit que la France ne tenait pas ses engagements.

« Le retour n'était pas glorieux; la faute qu'on avait faite d'entreprendre cette campagne d'Italie avec si peu de ressources et d'appui éclatait aux yeux ; mais la nécessité de sauver la France fit oublier le reste. Guise avait encore toute sa popularité dans le pays ou parmi les hommes de guerre. «Aussitôt arrivé en France, « dit Brantôme, une joie s'esmeut partout de luy, et de « luy partout une voix s'espandit telle qu'on disoit... « Or, c'est à ce coup que cet homme nous remettra et « restituera la chose toute revirée et contournée à re- « bours d'un gond à l'autre. »

« Le pape, abandonné et mécontent, n'eut plus qu'à traiter avec les Espagnols, et la paix fut conclue par l'entremise des Vénitiens. Le duc d'Albe la facilita, en consentant à faire amende honorable pour avoir porté les armes contre le chef de l'Eglise. Les Espagnols ne

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