‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 39 sur 142 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

s'étaient jamais mieux sentis les maîtres de la Péninsule. Ils s'assurèrent du duc de Toscane en lui cédant Sienne, comme ils s'étaient assurés déjà d'Octave Farnèse en lui cédant Plaisance.

« Le résultat de cette guerre fit constater l'impuissance finale de l'Italie. Déjà son activité littéraire, son éclat artistique avaient diminué. Des signes certains annonçaient pour elle une époque prochaine de décadence. Paul IV, éclairé sur les abus de pouvoir commis par ses neveux, les dépouilla lui-même des dignités dont il les avait revêtus, et les poursuivit avec une rigueur vraiment romaine ; puis il s'enferma dans les réformes ecclésiastiques dont il ne voulut plus être distrait » (1).

L'épée de la France n'était pas heureuse depuis la rupture de la trêve conclue à Vaucelles. Le duc de Guise avait porté la guerre en Italie contre le duc d'Albe,et se voyait obligé de revenir sans avoir obtenu aucun résultat appréciable. Le connétable de Montmorency la porta en Flandre contre Emmanuel- Philibert de Savoie, lieutenant de l'Empereur. En Italie et en Flandre, notre ennemi était l'Espagnol, auquel l'Anglais avait joint ses forces.

La grande armée espagnole se trouva réunie aux environs de Givet au mois d'août. Elle avait à sa tête

i. Dareste, Histoire de France.

le souverain dépossédé de la Savoie, Emmanuel- Philibert, âgé de vingt-neuf ans, à qui Charles-Quint avait confié déjà d'importants commandements. C'était un prince actif, entreprenant, d'une grande instruction militaire, esprit fin, politique habile, parlant plusieurs langues, supérieur aux autres princes de l'Europe, à une époque où la plupart de ceux-ci brillaient par leur instruction et leurs talents. Il avait avec toutes ces qualités une haute ambition et le sentiment de sa valeur.

Henri II n'avait pas fait de moindres préparatifs, quoique son armée ne fût pas aussi nombreuse. Il avait convoqué le ban et l'arrière-ban, enrôlé des Allemands et des Suisses, et réuni vingt-six mille hommes sous les ordres du connétable, pendant que le duc de Nevers, gouverneur delà Champagne, et Coligny, qui joignait au titre d'amiral celui de gouverneur de la Picardie, mettaient en état de défense les principales places de ces deux provinces.

Le duc de Savoie, parti de Givet, s'avança le long de la frontière française en se dirigeant vers l'Oise. Il fit mine d'assiéger Rocroy, que Henri II avait récemment ordonné de fortifier ; mais trouvant la place trop bien défendue, il alla investir Saint-Quentin. Cette dernière ville, entrepôt important pour le commerce de la France et des Pays-Bas, n'avait pourtant que des murailles antiques et mal entretenues.

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