‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 40 sur 142 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Coligny avait eu le temps de s'y jeter ; seulement il n'y avait pu faire entrer avec lui que sept cents hommes. Il y trouva pour toutes munitions cinquante arquebuses et des vivres seulement pour trois semaines. Il n'en résolut pas moins de s'y défendre, renvoya les bouches inutiles, et releva les murailles avec l'assistance de Saint-Remy, un des ingénieurs qui avaient pris part à la défense de Metz. Son intrépidité, son sang-froid, ne se démentirent pas un seul moment. La ville fut investie le 2 août, et les Espagnols ouvrirent la tranchée tout autour, excepté du côté où s'étendaient les marais profonds de la Somme.

Le connétable, dont le corps d'armée n'était pas éloigné, en chef de guerre de la dernière inhabileté et contre l'avis du maréchal de Saint-André, voulut donner de lavant et seconder Coligny. C'était risquer le salut de l'armée et l'honneur du royaume.

L'armée du connétable vint donc, en remontant l'autre rive du canal, se mettre à portée de la place, où elle facilita l'entrée de quelques renforts et ravitaillements. Dandelot, neveu de Montmorency et frère de Coligny, qui lui avait cédé la charge de capitaine général de l'infanterie française, essaya d'y pénétrer sans y réussir. Le connétable voulut qu'il revînt à la charge et lui promit de l'appuyer avec toutes ses forces, quoiqu'il fût obligé pour cela de se mettre lui-même dans une position périlleuse. Les marais étaient tra-

versés par des ruisseaux ; dans la journée du 9 août, il disposa sur ces ruisseaux des barques qui devaient suivre le courant et se porter vers la place. Les soldats destinés à renforcer la garnison montèrent sur ces barques ; mais cette navigation présentait de sérieuses difficultés : un certain nombre se noyèrent, d'autres furent obligés de revenir, et Dandelot n'en introduisit qu'à grand'peine quatre cent cinquante dans les murs de Saint-Quentin.

Le connétable n'avait établi sur les positions voisines que des postes assez faibles, car il ne comptait pas s'y arrêter longtemps, et il se proposait de se retirer à la Fère. Le duc de Savoie jugea l'occasion favorable pour attaquer les Français. Il s'empara d'un moulin où ces derniers n'avaient que peu de monde, et il fit passer sa cavalerie à travers le marais, par un gué dont Montmorency avait mal mesuré la largeur. Cette cavalerie, composée principalement de gens d'armes espagnols, bourguignons ou flamands, avait à sa tête le comte d'Egmont, un des officiers les plus brillants et les plus braves de l'armée de Philippe II. Elle franchit le gué sans rompre ses rangs, quoique exposée au feu des arquebusiers allemands qui servaient dans les troupes françaises. Le connétable envoya Nevers soutenir les Allemands; il était trop tard : ceux-ci, en nombre insuffisant, avaient laissé passer l'ennemi. Nevers se replia en

Page 1