CHAPITRE DEUXIÈME
toute hâte. Montmorency aurait encore eu le temps de retirer le gros de son armée ; mais il ne voulut partir qu'après que le dernier des hommes de Dandelot fût entré dans la place.
Egmont, suivi par le reste des troupes espagnoles, continua de s'avancer en ligne de bataille, et atteignit à une lieue et demie de Saint-Quentin les Français, qui battaient en retraite. L'arrière-garde, composée de compagnies de la gendarmerie sous Jean de Bourbon, duc d'Enghien et frère du roi de Navarre, fît volteface et chargea avec vigueur, Les Français, quoique surpris et dans une position désavantageuse, défendirent énergiquement le terrain. Mais l'infanterie espagnole, arrivant après la cavalerie d'Egmont, les obligea de lâcher pied, et les vainqueurs eurent bientôt atteint le centre de l'armée de Montmorency. Les fantassins gascons formèrent des carrés et résistèrent un certain temps aux charges de la cavalerie, jusqu'à ce que le duc de Savoie fît avancer son artillerie et brisât leurs rangs. Après quatre heures d'une lutte acharnée, les Français furent mis en pleine déroute (').
Plusieurs milliers de morts jonchèrent le champ de bataille. Un prince du sang, le duc d'Enghien, de la maison de Bourbon, était tué, Turenne, Saint-Gelais, Rochechouart et d'autres capitaines avaient péri. Mais
l. Dareste, Hist. de France,
le nombre des morts était encore inférieur à celui des prisonniers que firent les Espagnols. Le connétable blessé, le maréchal de Saint-André, Montpensier, Longueville, Larochefoucauld, un prince de Mantoue, plusieurs centaines de seigneurs des compagnies d'ordonnance, des corps presque entiers d'infanterie tombèrent aux mains de l'ennemi. Les Espagnols enlevèrent plus de quatre-vingts drapeaux, tous les canons, les convois et les bagages. La France n'avait pas vu de journée aussi funeste depuis la bataille d'Azincourt. Elle avait perdu une de ses plus belles armées: Nevers n'en rallia à la Fère que les débris.
Henri II était à Compiègne : il s'était promis merveilles, d'après les trop beaux dires du connétable. Le premier coup de la nouvelle fut accablant : la France fut prise de stupeur. Déjà Paris croyait l'ennemi sous ses murs et voyait le royaume conquis ('). Dans la capitale, les bourgeois pliaient bagage et fuyaient qui vers Orléans, qui vers Bourges, qui plus loin. Une telle panique ne pouvait servir qu'à nous avilir davantage. Il fallait des secours ; secours d'argent, secours d'épées. Empêcher la fuite, ranimer
i. Leduc de Savoie conseilla de marcher sur Paris, afin de profiter du trouble des esprits. Mais Philippe II voulut être prudent ; il craignit de laisser derrière lui des forteresses avec leurs garnisons ; il redouta l'explosion du sentiment national en France. Il n'était pas sûr non plus que l'accord se maintînt entre les corps de nation différente qui composaient son armée. Car c'était là la plaie ordinaire des armées espagnoles ou impériales.
( U a R ESTE, Hist. de France. )