CHAPITRE DEUXIEME
l'ardeur, faire sonner aux oreilles de la France ces trois mots propres à réveiller les morts : la Patrie en danger! tel était le devoir impérieux des chefs de l'État. Mais le roi était absent, la reine seule était à Paris.
Les dépêches de l'ambassadeur vénitien révèlent quel fut alors le rôle de Catherine de Médicis.
« La Reine Très-chrétienne voulant terminer la négociation qu'elle avait entamée en l'absence du roi avec les Parisiens, dans le but d'obtenir d'eux les subsides nécessaires, alla au Parlement en toute solennité, accompagnée des cardinaux, des princes et des princesses, et là, dans la plus auguste et la plus imposante forme de paroles, elle exposa l'état des besoins du moment. Elle démontra que, malgré les énormes dépenses auxquelles s'était vu entraîner le roi Très-chrétien dans les dernières guerres, il avait cependant eu les plus grands égards pour ne point charger les villes ; qu'elle n'en voulait d'autre témoignage que celui que leur disait leur conscience, rappelant combien, dans ces derniers temps, on leur avait fait peu d'appels ; mais que, dans l'extrémité continue des besoins, Sa Majesté ne croyait pas pouvoir surcharger les peuples des campagnes, qui en temps ordinaire supportent toujours le plus gros poids, et qui l'avaient d'autant plus supporté depuis l'extraordinaire des circonstances; elle démontra qu'il était donc nécessaire que les cités, reconnaissantes de tous les bienfaits et
de toutes les grâces du roi, manifestassent, dans de si dures vicissitudes, la confiance et l'affection qu'elles ressentaient pour leur prince. Et la reine s'exprima avec tant de sentiment et d'éloquence qu'elle jeta l'émotion dans l'âme de chacun. Elle exposa au Parlement le besoin que le roi avait de 300,000 livres, dont 25,000 payables par deux mois, ajoutant qu'elle se voulait retirer du lieu de la séance, pour ne pas eêner la liberté des délibérations. Elle se retira donc dans l'une des chambres voisines. Mais spontanément la résolution de satisfaire aux désirs de Sa Majesté fut votée, et la reine, ayant repris son rang et sa place, elle en reçut la promesse. Voulant même donner un plus efficace secours au roi, cent des notables de la ville offrirent de donner immédiatement 3,000 francs chacun, afin que Sa Majesté s'en pût servir plus vite ; puis humblement ils prièrent la sérénissime reine d'interposer ses bons offices auprès du roi en faveur de leurs privilèges. La reine les remercia alors dans une si douce forme de paroles, qu'elle fit pleurer d'attendrissement tous ceux du Parlement, les assurant qu'elle les aurait toujours pour recommandés, ne voulant jamais se montrer oublieuse d'une manifestation si noble, promettant de faire du Dauphin, son fils, leur procureur et intermédiaire auprès du roi. Ainsi se termina cette séance du Parlement, avec tant d'applaudissements pour Sa Majesté et des marques si vives de la satis-