CHAPITRE DEUXIÈME
faction de sa conduite, que rien n'en peut donner idée. Par toute la ville on ne parle d'autre chose, sinon que de la prudence de la reine et de la manière heureuse dont elle a procédé dans cette entreprise. Chacun assure qu'avec toute autre personne on n'eût pas rencontré une munificence aussi grande et une facilité aussi prompte. Cette résolution qui fait que Paris donne 300,000 livres, rapportera à Sa Majesté plus d'un million et demi, chacune des villes du royaume devant sans doute contribuer dans une mesure relative à ses facultés, etc.. (T). »
Telle fut cette première journée toute glorieuse pour la reine. Catherine, par cet acte si habilement accompli, se rendit personnellement grande dans l'esprit du roi, et laissa dans le peuple et à la cour une merveilleuse impression.
Le duc de Guise, malgré l'insuccès de sa campagne d'Italie, était l'homme le plus propre à réparer et à venger le désastre de Saint-Ouentin. Il aborda à Marseille, rallia quelques troupes à Lyon, envoya déloger un corps d'aventuriers allemands qui avait essayé, sous les ordres d'un baron de Polwiller, de surprendre Bourg et d'enlever la Bresse pour la rendre au duc de Savoie. Il courut ensuite à Paris, où il reçut le titre de lieutenant-général en chef dans l'intérieur et hors
1. Archives de Venise. Cancelleriasegreta. Dépêches de l'ambassadeur Giacomo Sorranzo.
du royaume, titre imaginé pour qu'il eût le commandement suprême de toutes les forces militaires pendant la captivité du connétable.
Il ne tarda pas à réunir à Compiègne une armée nombreuse et solide, et résolut alors, pour mettre à profit la retraite des Espagnols et répondre à l'attente de la France, de surprendre tout le monde par un coup d'éclat. En effet l'opinion était exigeante, les sacrifices que l'on faisait avec un patriotique enthousiasme étaient lourds ; les derniers revers avaient suscité partout, même au sein de l'armée, une liberté d'appréciation et de langage qui n'épargnait ni le roi, ni le connétable, ni les princes ; il fallait à la fois réparer les fautes militaires qu'on avait commises, et justifier la politique suivie.
Calais était pour la France ce que Grenade avait été longtemps pour l'Espagne, la dernière forteresse qui perpétuât le souvenir de la domination étrangère sur le continent. Les Anglais en étaient maîtres depuis Edouard III, c'est-à-dire depuis deux cent dix ans, et ni en France ni en Angleterre on ne crovait aisé de le leur enlever. En France, pour désigner un mauvais général, on disait: « Ce ne sera pas lui qui chassera de Calais les Anglais. » Un proverbe, que les Anglais avaient eux-mêmes accrédité, ajoutait :
Il sera vraisemblable que Calais on assiège, Quand le fer et le plomb nageront comme liège.