‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 44 sur 142 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Guise forma le projet d'enlever Calais. On savait la place un peu abandonnée, tant les Anglais comptaient sur sa force naturelle. Entourée de larges fossés dans lesquels on avait détourné une rivière, et protégée par des' marais qui s'étendaient à une distance considérable, elle semblait à l'abri d'une attaque, surtout l'hiver. Le gouvernement anglais profita de cette fausse sécurité pour diminuer la garnison pendant les mauvais mois de l'année, par mesure d'économie. Lord Grey, gouverneur de la place, se montrait moins rassuré, mais on avait refusé d'écouter ses représentations.

Strozzi, l'ingénieur qui avait présidé à la défense de Metz, s'introduisit à Calais sous un déguisement, accompagné des deux capitaines Senarpont et Dalbene, et prit une connaissance exacte des fortifications.

Guise parcourut la frontière, fit réunir des bateaux dans la Manche pour avoir une flottille qui l'appuyât, et se procura beaucoup d'argent, car avec la grande proportion d'étrangers auxiliaires servant dans les troupes françaises, la moindre irrégularité de solde pouvait tout mettre en péril. Quand les préparatifs furent achevés, il commença par une fausse attaque du côté de Saint-Quentin pour donner le change à l'ennemi, puis il partit de Doullens, rallia les garnisons des petites villes de la Picardie et du Boulonnais, et arriva devant Calais le 31 décembre.

Le Ier janvier 1558, il ouvrit le feu contre les forts

de Sainte- Agathe et de Nieullay, placés en tête de la jetée par laquelle la ville communiquait avec la terre ferme. Sainte-Agathe fut enlevée le jour même. Il franchit alors la rivière, s'avança sur les dunes, s'y établit solidement, et le troisième jour enleva le Risbank, c'est-à-dire le fort qui domine le port. Celui de Nieullay, que les Anglais appelaient Neurham-bridge tombait dans le même moment en son pouvoir. Maître de la rivière et du port, il entreprit alors de battre le château : il établit pour cela douze canons sur les dunes en profitant de la marée basse, et tira sans autre interruption que celle qui était causée par l'état de la mer. A la première brèche, l'assaut fut donné, et le duc d'Aumale, frère de Guise, qui le conduisait, se logea dans le château, malgré la résistance énergique de la garnison anglaise, qui ne se rendit qu'à la dernière extrémité. Dès que les Français furent entrés dans le château, la ville céda. La garnison, qui n'était que de cinq cents hommes, se rendit le 8 janvier. On garda le gouverneur,. lord Grey, avec une cinquantaine d'hommes d'armes, et on leur imposa d'énormes rançons ; on permit aux autres de sortir de la place, un bâton blanc à la main. La ville avait un arsenal considérable, trois cents pièces d'artillerie, et de vastes entrepôts de commerce anglais ; tout fut la proie des vainqueurs.

Dans cette entreprise, tout parut également surpre-

Page 1