‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 47 sur 142 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

« Pour moi, si je voulais lui souhaiter quelque chose, « je ne trouverais rien à changer en elle. »

Et quelque temps après, quand elle eut pu l'apprécier davantage, elle la louait en termes non moins vifs :

« Je ne puis m'empêcher de vous dire », écrivait-elle encore, «combien vous êtes merveilleusement heureuse « d'avoir une pareille fille, si belle, si sage, si excellente; « et moi aussi, depuis qu'il a plu à Dieu d'enrichir « mon lot d'un tel bonheur, et de me réserver une si « grande consolation pour mes vieux ans. »

Le cardinal de Lorraine, qui avait ou s'attribuait la haute direction de tout ce qui concernait l'éducation de sa nièce, rendant compte de l'excellence de cette éducation et des précautions dont la jeune reine était entourée, écrivait de son côté à sa sœur la régente d'Ecosse :

« Votre fille est tellement crue et croît tous les jours « en grandeur, bonté, sagesse et vertus, que c'est la « plus parfaite et accomplie en toutes choses honnêtes « et vertueuses qu'il est possible; et suis contraint vous « dire, Madame, que le roi prend tel goût, qu'il passe « bien son temps à deviser avec elle l'espace d'une « heure ; et le sait aussi bien entretenir de bons et sages « propos, comme ferait une femme de vingt-cinq ans. »

Et trois ans plus tard : « Elle est tant sage et vertueuse », disait-il, « qu'il n'est possible qu'elle se pût

« conduire plus sagement ni plus honnêtement, quand «elle aurait une douzaine de gouvernantes... Bien « vous assuré-je, Madame, que rien n'est plus beau ni « plus honnête, et si est fort dévote. Elle gouverne le « roi et la reine. »

Marie Stuart n était pas seulement belle et spirituelle : « elle était du tout bonne et très douce », comme dit Brantôme dans la Vie des Dames Illustres.

Encore enfant, elle se montrait déjà telle qu'elle fut toute sa vie : hère, généreuse, ennemie de toute mesquinerie, ne pouvant souffrir d'être « bassement traitée », et tenue « en curatelle ». Elle aimait à donner, et ne craignait rien tant que de passer pour «chiche ». Un des traits particuliers de son caractère, et qui la distingua jusqu'au pied de lechafaud, c'est la reconnaissance pour tous ceux qui lui avaient fait du bien ou rendu des services. Elle témoignait surtout à ses serviteurs une sollicitude et une bienveillance qu'on ne saurait trop louer.

Quoique très jeune, Marie Stuart était tenue au courant des affaires de son royaume. Elle justifiait par sa discrétion et sa prudence la confiance que lui accordait sa mère. Les seigneurs écossais qui venaient lui rendre hommage étaient reçus avec courtoisie ; à ceux qui lui écrivaient, elle répondait de manière à les satisfaire. Préludant au gouvernement, elle donnait son avis sur la politique et les hommes, avec simplicité et

Marie Stuart, d'après le portrait de la collection du prince Alex. Labanoff de Rostoff, à Saint-Pétersbourg.

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