‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 48 sur 142 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

modestie, soumettant toujours son jugement à celui de ses oncles, et surtout de sa mère, à qui elle témoignait autant de déférence que de tendresse. Telle était Marie Stuart à l'âge de quinze ans, à l'époque où l'on se disposait à la marier.

Le prince qu'elle devait épouser ne lui ressemblait guère. François était plus jeune qu'elle d'une année; il n'avait alors que quatorze ans. Il était né un jour d'éclipsé de soleil, et les astrologues, consultés par la superstitieuse Catherine de Médicis, avaient fait sur son berceau de sinistres prédictions. La mère en avait conçu contre lui une certaine aversion, qu'avaient encore accrue la faiblesse de sa santé et la petitesse de sa taille. Se sentant rebuté, il était devenu timide et même un peu sauvage.

« Il était, dit un contemporain, d'une pâleur singulière, plus gonflé que gros, plus taciturne et moins enjoué que ne le comportait son âge. » Suivant un autre, il acquit en grandissant un certain sentiment de sa dignité ; « il prétendait à l'obéissance, voulait des armes et des chevaux, mais n'avait aucune inclination pour les lettres ». Capello, de Venise, qui fréquentait la cour en 1555, disait en parlant du jeune prince : « Il aime beaucoup la sérénissime petite reine d'Ecosse qui lui est destinée pour femme. Ils aiment à se retirer tout à part, dans un coin des salles pour qu'on ne puisse entendre leurs petits secrets. » Quoique moins

bien doué que ses frères, François ne manquait pourtant ni d'instruction ni d'esprit.

Le mariage du dauphin avec la reine d'Ecosse ne laissait pas de rencontrer quelque opposition dans les con-

Monnaie d'or de Henri II. seils de Henri II, et les

représentations qu'on faisait au roi à ce sujet ne manquaient pas de justesse : tout autre prince français pouvait maintenir en Ecosse l'influence de son pays, sans présenter les mêmes inconvénients que l'héritier du trône. Mais le roi, poussé par les Guises, était irrévocablement décidé. Pour que l'alliance de leur nièce fût encore plus avantageuse à la France, les Guises obtinrent d'elle qu'elle cédât à son époux, par une clause secrète, ses droits sur l'Ecosse, pour le cas où elle mourrait sans postérité. Marie Stuart, en échange, recevait à titre de douaire l'usufruit du duché de Touraine et du comté de Poitou.

Les fiançailles eurent lieu au Louvre, le 19 avril, une dispense de parenté ayant été obtenue du Saint-Siège. Le mariage eut lieu le dimanche suivant, 24 avril, à Notre-Dame de Paris, et fut célébré avec une pompe extraordinaire.

Une galerie de douze pieds de hauteur, entièrement garnie de pampres, à la manière antique, conduisait de

Page 1