CHAPITRE PREMIER
Antoinette écrivait à son fils François : « Mon fils, « mon amy, si fortune me faict ce tort de me Poster, je « feray avec les gens de bien que j'ay icy le mieux que « je pourray, et vous advertiray de tout ; car, mon amy, « après Dieu, je ne puis avoir espoir et consolation que « de vous autres mes enfants. Je ne puis estre sans « douleur tant grande qu'en vérité j'en ay ce que j'en « puis porter. Vostre bonne mère, Anthoinette. »
François de Lorraine prit aussitôt après la mort de son père le titre de duc de Guise ; quelques jours plus tard, le cardinal Jean, qui revenait de Rome, succomba dans le trajet ; son neveu Charles qu'on appelait jusqu'alors le cardinal de Guise, fut dès lors titré cardinal de Lorraine.
Ainsi la disparition des deux chefs de la maison de Guise ne diminua pas son autorité. Le second duc de Guise et le second cardinal de Lorraine avaient plus d'intelligence, plus d'activité, plus de valeur que ceux qu'ils remplaçaient. Ils étaient appuyés par leurs frères, ambitieux comme eux, et habiles à leur créer des partisans ; l'un d'eux devint duc et pair et prit le titre de duc d'Aumale que quittait son aîné ; un autre reçut le titre de cardinal de Guise, que laissait son frère Charles pour adopter celui de cardinal de Lorraine.
Le plus jeune frère est déjà grand prieur de France et général des galères. Tous vivent dans l'union la
plus intime, et s'entendent pour l'accroissement continuel de leur maison. C'est en rêvant sa grandeur que s'étaient fait tuer les frères du premier duc de Guise ; les frères du duc François sont prêts à se sacrifier également pour la même cause. Le duc d'Aumale lui-même, bien que pair de France comme son aîné, ne cherche pas à détacher ses intérêts de ceux du chef de la famille, et à former une maison rivale ; c'est la maison de Guise seule qu'il soutient et veut élever; les idées de chacun des frères ont ce but unique où elles aboutissent. Chaque matin, les quatre plus jeunes se rendent chez le cardinal de Lorraine, le suivent au lever de leur frère aîné ; de là, tous les six se rendent ensemble chez le roi (*).
Les Guises dorénavant ne prendront plus simplement une part importante aux événements, dit M. de Bouille. Ils en deviennent inséparables ; ils vont presque en former le centre, les faire rayonner autour d'eux ; ils les dirigeront, ils les produiront, pour ainsi dire. Superbes tuteurs de roi, taillés par la nature en proportion de ce rôle dangereux et indéterminé, appelés à le jouer par leur incomparable persévérance, non moins que par le caractère orageux des circonstances, ils ne s'en contenteront bientôt plus, et leur main audacieuse et ferme, habituée à tenir le gouvernail,
i. H. Forneron, Les ducs de Guise et leur époque.