‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 6 sur 142 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

voudra, par un instinct de race, se porter aussi sur le sceptre.

Leurs majestueuses figures, isolées en quelque sorte par leur grandeur, font pâlir tout ce qui les entoure, trembler ce qui les approche, et leurs ombres même, presque effrayantes quand on les évoque, ne se laissent mesurer encore aujourd'hui qu'avec un mélange d'admiration contrainte, de regrets involontaires, aussitôt combattus et dissipés par la réflexion ; elles provoquent un contraste de sentiments chez la postérité, moins touchée d'ordinaire cependant des maux subis par les générations antérieures que frappée par la hauteur des caractères qui les leur ont suscités, juge trop impassible des faits anciens, presque toujours même portée vers l'indulgence pourvu qu'elle soit éblouie parl'éclatante application de facultés incontestablement supérieures.

Et parmi tous les Guises domine ce François, «auquel « on connaît bien peu d'égaux dans tous les pays, « pour ce qui est du conseil, de la conduite et de la « valeur militaire », dit la relation de l'ambassadeur vénitien Marc Antoine Barbaro, « si justement con- « sacré par le titre de grand, si habile à marquer « glorieusement chacun de ses pas dans la carrière ».

Illustré, depuis la campagne de 1542, par des exploits continuels, il a pu faire prévoir ce qu'il est destiné à devenir comme guerrier. L'affection, le

dévouement de l'armée sont acquis à son audace, à son sang-froid, à sa générosité, à son noble maintien, à son urbanité, à ses dispositions officieuses. Une rare prudence, un caractère ferme et posé, une sagesse précoce l'ont, non moins que la faveur du monarque, porté au timon de l'État et mis en mesure de briller autant au conseil que sur les champs de bataille. Aussi, dans l'entraînement d'une confiance absolue, Henri II n'avait-il pas de secrets pour lui. En quelque lieu qu'il fût, François de Lorraine recevait communication de toutes les dépêches importantes, de toutes les nouvelles relatives aux affaires de l'intérieur comme à celles du dehors, et le connétable lui-même avait ordre de l'en informer avec exactitude.

Le nouveau duc de Guise, dit M. de Bouille d'après les mémoires du temps, était d'une taille au-dessus de la moyenne ; il avait le visage ovale, les yeux grands, la barbe clair-semée, blonde de même que les cheveux dans sa ieunesse, et tirant, plus tard, sur le noir ; sa complexion tenait assez de la maigreur ; son teint était presque olivâtre ; tout son aspect annonçait la plus robuste santé.

Son éducation avait été.de bonne heure,dirigée dans le sensde la carrière des armes qu'il était naturellement destiné à suivre, quoique par ses penchants modérés, prudents, réfléchis, il fût assez « amateur de paix ». Les premières notions de l'art de la guerre lui furent don-

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