I. René de Bouille, H. Forneron
François de Lorraine. y
La disgrâce de Guise était éclatante.
Tout à coup se produisit un de ces événements par lesquels la Providence gouverne le monde. Le roi Henri II mourut. On sait en quelles circonstances. Pendant les fêtes du mariage de la princesse Elisabeth, un tournoi avait lieu aux Tournelles, et le roi voulut y prendre part. Il jouta avec son capitaine des gardes, Montgommery ; celui-ci le frappa si malheureusement de sa lance que «dix petits éclats, dit Vieilleville, pénétrant par la visière mal baissée, traversèrent l'œil droit jusqu'au cerveau». La blessure était mortelle. Il survécut pourtant onze jours.
La mort de Henri II allait déchaîner sur la France le terrible fléau de deux minorités successives, sous la régence d'une femme. La guerre religieuse, assoupie durant ce règne plein de guerres contre l'étranger, allait se réveiller.
Quand les vingt-quatre crieurs publics se répandirent avec leurs trompes et leurs clochettes dans tous les quartiers, se lamentant et disant: « Notre roi Henri, deuxième du nom, est mort, priez pour le salut de son âme, » rien ne saurait peindre l'angoisse qui saisit Paris à cette sinistre nouvelle sinistrement sonnée de rue en rue, et de carrefour en carrefour. Toutefois nul trouble, au milieu de cette population agitée, n'approcha du trouble des protestants. Leur situation était critique. Un officier huguenot, très attaché à
Coligny, le capitaine Roux, exprima cette situation d'un seul mot : il avait vu passer avec une muette colère le cardinal de Lorraine et le duc de Guise qui, après avoir salué roi, les premiers, François II, le conduisaient du palais des Tournelles au Louvre. Le capitaine rentrant chez lui et y trouvant quelques amis calvinistes, rompit enfin le silence et dit : « Serrons et « armons bien nos ceinturons, car il y a en ce moment « au Louvre trois rois de France, et deux sont altérés « de notre sang ! » Si nous citons ce mot, ce n'est point qu'il soit juste. Nous avons vu déjà, et nous verrons encore que François de Guise fut moins sanguinaire qu'homme de son temps, et moins dur à ceux qu'il combattit. Mais, parson exagération même, cette parolemontrequeles huguenots ne doutaient pas qu'il ne dussent trouver dans les princes lorrains les plus fermes adversaires de leur politique anti-religieuse et anti- française. Les protestants avaient peu gagné à la mort de François Ier, qui les avait combattus avec l'énergie d'un roi convaincu que l'hérésie menaçait la vitalité, en même temps que la foi de ses peuples, et la sécurité de sa couronne. Ils gagneraient encore moins à la mort de Henri II. Que deviendraient-ils sous la dictature des Guises, sous l'influence de Catherine de Médicis, persuadés eux aussi que l'hérésie met en danger les nations qu'elle attaque, et devient rapidement le plus redoutable des périls sociaux ?
Si, régulièrement, l'âge de François II interdisait la formation d'une régence officielle, sa débilité morale et physique réclamait l'indispensable appui d'une tutelle effective. Ce souverain adolescent, incapable de manier personnellement le pouvoir, avait donc à le déléguer pour ne pas le laisser s'annuler ; et sur ce terrain devaient éclater, plutôt que prendre naissance, des débats qui germaient dès longtemps et qu'on apercevait clairement à la surface du sol politique. Ainsi s'ouvrait une lice dans laquelle allaient s'élancer les Bourbons protestants et les Guises catholiques, cour sins germains, se disputant la tutelle de l'héritier de Henri II. Les Guises prétendaient soutenir fermement le sceptre dévolu aux derniers princes de la race de Valois, et formaient le principal obstacle aux Bourbons qui déjà prévoyaient qu'ils pourraient un jour le posséder. La religion, surtout du côté des Bourbons ralliés aux nouvelles doctrines, si l'on peut donner ce nom aux sophismes codifiés par les initiateurs de la Réforme, n'intervenait que comme force auxiliaire ; « et, en approfondissant cette question, en la dégageant de tous ses accessoires, de toutes ses apparences, on la ramènerait sans doute à l'effrayante proportion d'une querelle, dès lors décisive, entre les Bourbons ardents, ambitieux, en voie de fortune ascendante, et les derniers Valois, énervés, privés d'énergie propre dans le présent comme de vitalité ultérieure (*). »
i. V. René de Bouille, Hist. des ducs de Guise.