‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 56 sur 142 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Marie Stuart, par respect, par admiration, par reconnaissance pour ses oncles, devait être toute disposée à faire usage de son influence sur son époux pour accroître, pour affermir le crédit de la maison de Guise. Une répugnance naturelle, inspirée par le caractère de sa belle-mère, la portait d'ailleurs à combattre Catherine et à s'efforcer de l'écarter de la direction du gouvernement.

« Par le moyen de ces alliances, dit Castelnau, cette maison, qui desjà estoit grande et avoit beaucoup de crédit dès le temps du roy Henry, print tel accroissement que François duc de Guise, et Charles cardinal de Lorraine, son frère, disposoient entièrement des affaires du royaume, de la volonté et consentement du roy. Car, comme le clergé de France, le premier et le plus riche des trois estats, dépendoit presque dudit cardinal de Lorraine, aussi la plupart de la noblesse et des capitaines s'appuyoient sur la faveur et autorité dudit duc de Guyse, tous deux bien unis et en bonne intelligence avec leurs autres frères.

«Outre la grandeur des alliances, ajoute Castelnau, le cardinal de Lorraine avoit acquis la réputation d'estre fort bien entendu au maniement des affaires d'estat, pour l'expérience qu'il en avoit, y ayant esté nourry dès l'aage de vingt ans; et avoit l'esprit prompt et subtil, le langage et la grâce avec de la majesté, et le naturel actif et vigilant. Et quant au duc de Guise,

il estoit cogneu pour l'un des plus grands capitaines et des plus expérimentés de tout le royaume, qui avoit fait plusieurs services fort signalés à la couronne, mesmement ayant soustenu le siège de la ville de Metz contre l'armée impériale, où l'empereur Charles V commandoit en personne, reconquesté la ville de Calais, que les Anglois avoient tenue plus de deux cens ans, et prins Thionville, sans plusieurs autres actes belliqueux. »

Le dernier soupir de Henri II avait donc ranimé les brigues. Aussitôt qu'ils l'avaient vu frappé, les Guises, appréciant leur nouvelle situation, pressentant l'avenir prochain de la couronne et résolus de le faire tourner à leur avantage, s'étaient empressés de réunir autour d'eux et de placer jusque dans la garde-robe du duc François, logé alors aux Tournelles, une certaine quantité de gentilshommes dévoués. Puis, saluant le dauphin-roi, au moment où la vie abandonnait son père, ils l'avaient emmené au Louvre dans l'intention de le « façonner à leur mode ». Conduite par le duc de Nemours, la reine-mère les y avait rejoints, tandis que le connétable, dédaigneusement laissé auprès du corps inanimé de Henri 1 1, se voyait bientôt retirer le cachet du souverain dont il avait été le favori. Vainement Montmorency s'efforçait de faire entendre des avis opposés aux desseins desGuises que Catherine paraissait déjà seconder. Cette princesse était trop habile,pour ne

pas se ménager une portion du pouvoir en le partageant avec ceux auxquels il devait presque infailliblement échoir en ce moment; trop blessée de l'exclusion qu'elle avait subie sous le règne précédent, pour prêter une oreille favorable à l'ancien confident de son époux ; trop pressée de se dédommager,pour en compromettre ou en ajourner l'occasion. Dès la fatale issue du tournoi, le connétable, au surplus, en avait aussi prévu les suites, et,se flattant de préserver son crédit sous l'abri de celui des princes du sang dont il embrassait la cause, il s'était hâté de faire engager le roi de Navarre à se tenir en mesure de saisir, en vertu du droit de sa naissance, les rênes du gouvernement à l'instant même où elles échapperaient aux mains glacées du monarque. Mais Antoine de Bourbon, encore ulcéré de l'oubli sous lequel ses intérêts avaient été étouffés par Montmorency à Cateau-Cambrésis, fort mal préparé, par conséquent, à accueillir avec confiance les avertissements et les conseils qui lui venaient de ce côté, avait marqué assez peu d'empressement à les suivre et ne s'était transporté qu'à petites journées de Nérac à Vendôme où il séjourna même et où il fut rejoint par le prince de Condé.

Les Guises surent s'acquérir l'appui de Catherine de Médicis, «princesse d'un esprit incomparable;ce qu'elle a bien fait paraître, dit Castelnau, lorsqu'elle print en main les resnes du gouvernement et des affaires du

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