‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 59 sur 142 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

lence, les chevaliers de l'Ordre, cela le vingt-deuxième jour d'août : séance et réunion de toute importance, puisque, pour la première fois, si on ne reconnut pas officiellement le parti huguenot, on compta du moins avec lui. Les conséquences de cet acte n'échappèrent à personne, et l'ambassadeur de Venise les indiquait à son gouvernement par cette réflexion que les faits ont ensuite justifiée.

« Ainsi, ou leur désir sera satisfait, ou bien, si l'on tient à se maintenir dans l'obéissance du Pape et à observer les rites catholiques, il faudra recourir à la force, verser sans égard le sang des nobles, diviser le royaume en deux partis, en venir à une guerre civile qui ruinera en même temps et le pays et la foi. C'est une chose constante et confirmée par beaucoup trop d'exemples, que les changements religieux amènent toujours des changements politiques ('). »

C'est dans les circonstances indiquées par les documents qu'on vient de citer que se produisit la fameuse conjuration d'Amboise.

Un gentilhomme du Périgord, la Renaudie, obligé de quitter la France quelque temps pour une affaire assez grave, s'était retiré à Berne et y avait embrassé le calvinisme. Vivant en Suisse au milieu des réfugiés

i. Armand Baschet, La Diplomatie vénitienne.

français, il obtint de théologiens et de jurisconsultes réformés une consultation qui déclarait licite une entreprise tentée non contre le roi, mais contre les Guises, dont les réformés n'avaient aucune espérance de rien obtenir. La consultation ajoutait : « Pourvu que les « princes du sang, qui sont nés en tels cas légitimes « magistrats, ou l'un d'eux le voulût entreprendre, sur- « tout à la requête des Etats de France ou de la plus « saine partie d'entre eux. »

La Renaudie profita d'assises que le parlement de Bretagne tenait à Nantes au mois de février 1560, et qui y attiraient un concours nombreux de visiteurs. Il s'y rendit sans bruit, et, d'accord avec quelques ministres, il s'entendit secrètement avec des gentilshommes réformés qui, feignant d'être venus pour des procès, ne sortaient jamais que précédés de valets avec des sacs de pièces. Le roi devait se rendre à Blois le mois suivant. Il fut convenu que plusieurs centaines de gentilshommes s'assembleraient sans armes auprès de cette ville, et iraient présenter à François II une requête en faveur de la liberté des temples et du culte protestant. On se regardait comme assuré de l'appui des princes de Bourbon et de celui des seigneurs de la maison de Châtillon, Coligny et Dandelot, quoique cet appui n'eût pas été promis formellement. La Renaudie, intrigant aussi habile que déterminé, eut soin de prévenir les scrupules au moyen d'une déclara-

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