‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 7 sur 142 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

nées par Sassac, gentilhomme angoumois.dont il tenait cette expression qui lui devint familière: Frappe le loup, c'est-à-dire l'ennemi. Sa valeur effectivement le rendait terrible. Il y joignait le don d'entraîner le soldat par une facile et véritable éloquence militaire, de l'encourager par l'équitable distribution des récompenses, par la libéralité de ses présents, de le maintenir dans la discipline et de le protéger par son infatigable vigilance. Lorsqu'il se trouvait en présence de l'ennemi, Guise souvent, après avoir feint de se mettre au lit et avoir écarté les témoins, reprenait ses vêtements, puis, suivi d'un petit nombre de serviteurs affidés, inspectait les postes, visitait les sentinelles et s'assurait que le camp était à l'abri de toute surprise. De retour dans sa tente, il dormait alors, sans se déshabiller, jusqu'à l'aurore. Et pourtant, en temps de paix, dans ses habitudes privées, il accordait peut-être un trop grand nombre d'heures au sommeil si l'on en croit Papyre Masson. Au goût prononcé qu'il ressentait pour les exercices équestres, pour tous les jeux guerriers, s'unissait, dans ses moments de loisir, une inclination délicate pour la musique.

Son aménité naturelle l'empêchait de s'écarter jamais de la clémence et de la modération, soit dans la victoire, soit dans l'administration publique, « se faisant en lui- « même, avec repos d'esprit, sans aucune passion ni « confusyon, ung petit recueil des raisons et consi-

« dérations qu'on doibt avoir sur telz affaires ». D'un abord affable, toujours disposé à accorder ce qui lui était demandé, il se montrait simple, indulgent avec ses amis, ne tenant aucun compte de son rang vis-à-vis d'eux, bon et généreux envers ses serviteurs, en un mot, doué, au plus haut point, de la qualité « noble et « louable entre les hommes et singulièrement entre « les princes d'attirer le plus grand nombre d'hommes « par obligation et bienfaicts ». Dans sa famille néanmoins, la qualité d'aîné le rendait un objet d'égards et d'une déférence respectueuse, dont ses frères et sœurs lui donnaient des témoignages jusque dans leur correspondance.

Au surplus, on peut dire que jamais famille puissante ne mit autant d'attentive activité dans l'expansion de son patronage ; ne négligeant, pour rendre service, aucun soin, aucune recommandation, entrant dans tous les intérêts de fortune et d'établissement de chacun. C'est ainsi que, parmi d'innombrables traits de ce genre, Antoinette de Bourbon écrivait de Joinville, en juillet 1563, à la vidame d'Amiens pour la prier d'autoriser le mariage de sa belle-sœur avec le sieur de Tranchellion, gentilhomme « de chez le Roy », riche et brave officier, lieutenant de la compagnie du prince de Joinville et gouverneur de Guise.

Les militaires, quel que fût leur grade, étaient particulièrement assurés de la sympathie du duc de Guise

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