CHAPITRE TROISIÈME
prononcer. Le roi de Navarre reçut l'ordre d'arrêter un mouvement des calvinistes dans 'Agénois, et il l'exécuta. « Il était, dit la Planche, trompé par soimême, trahi des siens et moqué de ses ennemis. » Les calvinistes se récrièrent contre la lâcheté des princes protestants, mais sans perdre l'espérance de les entraîner, à un jour prochain, dans une nouvelle tentation d'usurpation des droits de la couronne.
En effet cette conjuration mal conduite et les rigueurs qui la suivirent furent regardées comme l'annonce d'une guerre civile imminente et inévitable. Le sang avait coulé et devait être versé encore. Les partis se dessinèrent plus nettement et se menacèrent.
Les catholiques soutenaient qu'on ne pouvait souffrir la rébellion à main armée, qu'aucune excuse ne la rendait pardonnable, que les conjurés protestaient en vain de leur respect pour le roi dont ils attaquaient les ministres, que les prétentions des calvinistes n'allaient à rien moins qu'à constituer un contre-gouvernement. Ils se déclaraient en conséquence prêts à maintenir l'unité de la religion, l'unité du pouvoir aux mains du gouvernement royal, et à arrêter des projets qui, n'ayant rien de défini, menaçaient d'aboutir à un ébranlement général de la monarchie non moins qu'à la consécration de l'hérésie.
Les protestants comprenaient qu'en dépit des derniers édits, la répression ne cesserait de les menacer
tant que les Guises seraient les maîtres. Aussi ne renoncèrent-ils pas à conspirer. Ils devinrent même de jour en jour plus exigeants et plus hardis, quoiqu'ils fussent trop loin du pouvoir pour avoir un plan arrêté et accepté de tous. Les uns voulaient la liberté pour leur culte, les autres qu'il fût seul reconnu; les uns, des garanties contre ce qu'ils appelaient la tyrannie, les autresdes réformes politiques de nature à changer entièrement la constitution de la France. Pleins d'activité et d'ardeur, ils soulevaient des questions neuves et présentaient des théories de gouvernement tout à fait inconnues. Ils publiaient une infinité de libelles et de pamphlets. Ils comptaient dans leurs rangs, non seulement des théologiens, mais des publicistes, des légistes et des écrivains rompus à la polémique journalière. Tantôt ils faisaient de la politique théorique ; tantôt ils prétendaient, comme Hotman, ramener la France à ses anciennes lois, que Tavannes les accusait d'interpréter à leur manière ainsi que les Ecritures ; tantôt enfin ils attaquaient leurs ennemis avec cette violence révolutionnaire dont les premiers réformateurs leur avaient donné l'exemple.
Les historiens protestants ont accusé Marie Stuart d'avoir eu part au supplice des complices de la Renaudie. Rien n'est plus faux. On sait par le témoignage de Brantôme, qu'elle avait horreur du sang . «Jamais, » dit-il, «cette reine ne fut cruelle... Jamais,