‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 63 sur 142 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

en France, elle ne fit cruauté, et même elle n'a pris plaisir ni eu le cœur de voir défaire les pauvres criminels par justice, comme beaucoup de grandes dames que j'ai connues. »

Après les scènes d'horreur qui avaient assombri le séjour d'Amboise, François II et Marie se réfugièrent successivement dans diverses résidences, pour y chercher le calme et le repos. Mais la santé du roi allait s'affaiblissant chaque jour. Il dut néanmoins, à la fin d'octobre, s'arracher à la retraite pour se rendre à Orléans, où la cour se réunissait en attendant l'ouverture des Etats Généraux, qui avaient été convoqués dans cette ville pour le 10 décembre. Il y eut là, diton, des scènes terribles qui portèrent un dernier coup à la santé de François II.

C'est de la conjuration d'Amboise que date l'ère des discordes civiles qui ont ensanglanté la France jusqu'au moment où Henri IV, par son abjuration et par sa politique aussi ferme que prudente, put ramener la paix et la concorde dans le royaume.

Trois siècles ont passé sur ces lugubres événements. Eh bien! malgré les révolutions de toutes sortes qui se sont succédé et ont si fortement bouleversé la France depuis cette époque, il semble que la vérité ne soit pas faite tout entière sur les guerres de reli-

gion et qu'il soit impossible, à cette grande distance, de juger impartialement les hommes qui y prirent une part si active. C'est que malheureusement les haines intestines soulevées parla Réforme n'ont jamais été complètement éteintes. Elles ont changé de nom et de caractère ; mais dans le fond, elles servaient et servent encore les mêmes passions qui les ont amenées.

On pourrait, si l'on ne craignait de faire perdre à l'histoire son calme et sa gravité, établir un parallèle entre les fauteurs de révolutions de toutes les époques, surtout depuis Condé et Coligny jusqu'aux plus modernes ; et il ne serait que trop facile de faire voir que les uns et les autres, sous le masque trompeur de liberté de conscience ou de liberté politique, n'ont eu d'autre dessein que de renverser le pouvoir légal pour y substituer le leur. Pour arriver à ce but d'une ambition déréglée, ils n'ont pas craint de faire appel à la guerre civile et d'exposer le pays à succomber sous les maux qu'elle entraîne après elle.

Les Guises, on peut le dire hautement, et l'histoire est là pour en témoigner, malgré les entraînements dont parfois ils se rendirent coupables, malgré l'ambition qu'on leur reproche et qui pourrait être justement reprochée à tous les princes de cette époque troublée, remplirent, pendant la première période de de leur puissance, une mission que l'on peut considérer comme vraiment providentielle. Il est malheureuse-

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