CHAPITRE TROISIÈME
ment trop établi que les chefs du calvinisme avaient un autre but, en prenant les armes, que de chasser les Guises du pouvoir. Ils voulaient morceler la France en faisant revivre les anciens droits féodaux. Ils auraient ainsi établi une sorte de république oligarchique, dont ils se seraient tour à tour disputé le gouvernement. La reine Elisabeth d'Angleterre et les princes luthériens allemands devaient au besoin les aider dans cette entreprise antinationale. Montmorency lui-même, tout catholique qu'il fût, n'était peut-être pas éloigné de cette idée. Ce fut François de Lorraine qui, par son énergie et son sang-froid, déjoua ces projets, et maintint sur le front des Valois la couronne chancelante de Hugues Capet et de François Ier. C'est à lui que la France doit de n'avoir pas été démembrée par les princes et les seigneurs, qui voulaient se tailler de nouveaux domaines dans les provinces que les rois de France avaient si péniblement conquises.
Ce titre de conservateur de la patrie, que lui décerna le parlement, il l'avait donc bien mérité. Les États Généraux, convoqués à Orléans, devaient être l'arène où les Guises, décidés à la lutte, immoleraient les factions. Leurs mesures étaient infaillibles. Ils rédigèrent une confession de foi entièrement semblable à celle qu'avait promulguée la Sorbonne en 1542. Ils s'entendirent pour présenter, dès l'ouverture des états, cette confession étroitement orthodoxe à la signature
des députés et des chevaliers. « Les députés et les chevaliers qui refuseraient leur adhésion seraient livrés à la mort, après avoir été dégradés, dit Dargaud. Par là, les Guises ne pouvaient manquer d'étouffer dans leur trappe leurs adversaires politiques et religieux. Par là, ils anéantiraient, au nom de Dieu, tous les chefs du calvinisme et les premiers entre ces chefs, les Châtillon. Le prince de Condé au moins, parmi les Bourbons, et peut-être le roi de Navarre avec lui, seraient décapités avant les Etats pour crime de lèsemajesté. » Cette affirmation de Dargaud est tellement absurde qu'il n'est même pas nécessaire de la réfuter. Les Guises voulaient l'éloignement des protestants, et non leur mort. Ils savaient bien qu'on ne gouverne jamais par l'échafaud, et que d'ailleurs l'Eglise n'avait jamais approuvé et n'approuverait point de telles mesures.
Les Guises aplanissaient l'exécution de leurs projets par une vigueur et une activité incessante. Leur vigilance était égale à leur énergie. Le duc surtout, infatigable à prévoir, à commander, sans sortir de son calme habituel, travaillait dès l'aurore, et le soir venu, au lieu de se reposer, redoublait ses labeurs, soulevant plus haut le poids des affaires renaissantes. Il déconcerta les frères Moligny, agents du prince de Condé, dans leur entreprise contre la ville de Lyon. Il écrasa par ses lieutenants les révoltes dans le midi de la Erance.