CHAPITRE TROISIEME
Montbrun qui dirigeait l'insurrection du Dauphiné et du Comtat, Mouvans qui avait suscité les troubles de la Provence furent forcés de licencier leurs bandes et de s'enfuir en Suisse. Pendant qu'il remportait ces succès militaires contre les protestants, le duc employait toutes les ressources de l'administration pour influencer les élections dans le sens le plus favorable à ses projets ultérieurs. Il autorisait les juges, les baillis, les échevins, tous les fonctionnaires, dans toutes les hiérarchies, à n'épargner aucun moyen pour le triomphe des députés catholiques.
En même temps, il intervertissait les garnisons du Nord au Midi. Il les échelonnait avec discernement, selon l'esprit des populations et la convenance des territoires. Il destituait dans les provinces les gouverneurs douteux et les remplaçait par des gouverneurs dévoués à sa politique. Il augmentait la garde du roi. Il accumulait des troupes sûres à sa portée. Il multipliait les espions à Nérac, la capitale des Bourbons, à Chantilly, la résidence du connétable, et à Chàtillon, le séjour de l'amiral de Coligny. La police était une de ses grandes aptitudes. Partout où il y avait des adversaires, il prenait langue aussitôt. Il savait heure par heure, tout ce qu'ils faisaient et tout ce qui se faisait autourd'eux, dans un tel détail et avec une telle précision qu'il pouvait presque toujours les surprendre sans être jamais surpris. « Monsieur mon frère, disait-il au car-
dinal de Lorraine, je suis encore plus tenu que vous aune bonne police. Car si c'est votre devoir d'être averti comme ministre, c'est deux fois le mien, comme ministre et comme capitaine. » Enfin, Cipierre, serviteur des Guises, fut envoyé à Orléans avec des pouvoirs discrétionnaires. 11 désarma les habitants, distribua des troupes dans tous les quartiers, et quand le roi arriva, le t8 octobre 1560, à Orléans, avec la jeune reine Marie Stuart, sa bonne ville, ainsi qu'il l'appelait, présentait l'aspect d'une ville de guerre qui aurait attendu l'ennemi.
Le roi de Navarre et le prince de Condé se dirigèrent vers Orléans, avec une faible escorte. Des troupes nombreuses étaient échelonnées sur leur parcours, et semblaient se refermer derrière eux pour leur couper la retraite s'ils avaient essayé de retourner sur leurs pas. Des courriers informaient à chaque instant les Guises des incidents du voyage. A leur arrivée à Orléans (29 octobre), toute l'armée qui avait escorté le roi semblait être sur pied. Au lieu d'être reçu avec les honneurs dus à leur rang, ils ne virent venir audevant d'eux que le cardinal de Bourbon, leur frère, et le prince de la Roche-sur- Yon, suivi de quelques gentilshommes. Le roi était logé dans la maison du bailli. Lorsqu'ils voulurent aller lui présenter leurs hommages, ils furent obligés de mettre pied à terre pour traverser la double haie de soldats échelonnés dans la rue.
Maison de François lerj à Orléans.