CHAPITRE TROISIEME
François 1 1, ayant auprès de lui le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, les reçut froidement et, dès cette première entrevue, leur fît comprendre tout son mécontentement. Cependant il les conduisit avec lui chez la reine-mère, qui les reçut avec des paroles pleines de tristesse et entrecoupées de pleurs et de sanglots «véritables larmes de crocodille », dit un chroniqueur.
Le roi mit fin à cette scène de comédie en adressant à Condé les plus sévères reproches sur sa conduite, et en lui déclarant qu'il connaissait les entreprises qu'il avait tentées contre son gouvernement. Le prince, trop orgueilleux pour se défendre, traita de calomnies inventées par les Guises, les accusations portées contre lui ; il ajouta hardiment que s'il ne s'était pas senti la conscience nette, il n'aurait pas mis tant d'empressement à se rendre aux ordres du roi. Celui-ci lui répondit que,, s'il en était ainsi, il fallait que son innocence éclatât aux yeux de la justice ordinaire, et il donna ordre à Chavigny, capitaine de ses gardes, d'arrêter le prince de Condé. Cet ordre portait la signature du roi et celles du duc de Montpensier, du prince de la Rochesur- Yon et des maréchaux de Brissac et de Saint- André. Les Guises ne l'avaient point signé, sans doute pour que cet acte de haute justice n'eût pas l'air d'être une vengeance personnelle. Le prince fut conduit, sous bonne escorte, dans une maison voisine qui devait lui servir de prison, et dont les fenêtres avaient été grillées.
Pour prévenir tout coup de main, elle fut garnie de canons comme une véritable forteresse. Ce fut en vain que le roi de Navarre s'offrit comme caution de son frère, et que la princesse de Condé, Eléonore de Roye, se jeta aux pieds du roi pour lui demander grâce. François II se montra inflexible, il répondit à l'épouse éplorée : « Je ne feroy jamais grâce à un mauvais « parent. Vostre mari m'a voulu oster la couronne et la « vie. »
Les Guises poussèrent activement le procès de Condé : il fallait frapper d'un seul coup, dans la personne de leur chef, l'hérésie et la rébellion. Les commissaires chargés de la procédure étaient le chancelier de l'Hôpital, Christophe de Thou, président au parlement de Paris, les conseillers Faye et Violles, le procureur général Bourdin, comme partie civile, et du Tilliez, greffier. Les commissaires arrivèrent, firent immédiatement subir un premier interrogatoire au prince le 13 novembre. Condé soutint qu'il ne devait pas être jugé par des commissaires, mais par le roi, par les pairs du royaume et par toutes les chambres du parlement assemblé. Il appela des procédures qu'on faisait contre lui au roi d'abord, et ensuite au conseil privé ; mais ces appels furent déclarés nuls par un arrêt, daté du 20 novembre. Les accusations qui pesaient contre Condé étaient extrêmement graves. Il était démontré qu'il s'était rendu coupable de crime de