‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 67 sur 142 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

rébellion, de lèse-majesté et d'hérésie ; l'hérésie, il ne faut pas se lasser de le répéter, était considérée alors comme un crime de droit commun, l'Etat estimant avec raison qu'il devait protéger ses sujets dans leur foi aussi bien que dans leurs biens, leurs mœurs et leur vie, puisque la foi est le premier de tous les biens et qu'il faut les lui sacrifier tous.

Guise dont le cœur était toujours généreux, fit faire au prince des offres de service. Condé répondit que le seul moyen d'accommodement qu'il y avait entre eux était la pointe de la lance.

Le 26 novembre, le prince de Condé fut condamné à mort. La grâce du prince avait été demandée non seulement par Eléonore de Roye et la duchesse de Montpensier, mais aussi par la duchesse de Ferrare, fille de Louis XII et belle-mère du duc de Guise. Le chancelier de l'Hôpital ne signa point l'arrêt. Il disait au roi : « Pourquoi se priver d'un puissant moyen de contenir les mécontents ? Vous les verrez soumis tant qu'ils craindront de hâter par leurs révoltes le supplice de leur chef; vous les verriez terribles et sans frein s'il s'agissait de le venger. » Catherine de Médicis, qui craignait maintenant de perdre, dans la personne du prince de Condé, un auxiliaire contre la puissance des Guises, obtint de son fils que l'exécution serait retardée de plusieurs jours. Elle fut cependant fixée au 10 décembre. Quelques-uns prétendent, au contraire, que

cette date avait été reculée pour donner au connétable le temps d'arriver et le faire tomber dans un piège.

On avait arrêté, pour la forme, Bouchard, chancelier de Navarre, on arrêta sérieusement La Haye, intendant du prince de Condé. Groslot, bailli d'Orléans, fut détenu dans les cachots de cette ville ; le vidame de Chartres, quoique très malade, était enfermé à la Bastille. Madame de Roye, sœur de l'amiral de Coligny, nièce du connétable de Montmorency, belle-mère du prince de Condé, fut reléguée au château de Saint- Germain-en-Laye. On s'empara de tous les papiers où l'on espérait trouver des lumières sur les menées de l'opposition protestante et politique, depuis la conjuration d'Amboise.

Le duc de Guise avait açfi avec une grande habileté. Il avait beaucoup osé, et cependant il s'était imposé la modération. Il avait amorti jusqu'aux véhémences de son frère. Tous deux s'étaient abstenus d'assister à l'arrestation du prince de Condé. Ils n'avaient point apposé leur sceau sur l'acte de prise de corps dressé par le conseil privé. Guise avait simplement fait proposer une mesure si extrême par un seigneur qui était son ami, mais qui n'était pas sa créature et qui jouissait ajuste titre de l'estime de l'Europe, par le maréchal de Brissac. Lui et son frère s'étaient effacés derrière la gloire militaire de Brissac, puis derrière la majesté de François II. Cette prudence, ou mieux

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