‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 68 sur 142 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

cette magnanimité intéressa l'opinion publique, qui, en revanche, se soulevait contre le prince de Condé, le chef de tous les séditieux et de tous les huguenots du royaume

Tout à coup, le roi François II tomba malade au moment où il allait partir pour une chasse à Chambord. Il s'évanouit, pendant les vêpres, dans l'église des Jacobins, et fut aussitôt transporté en son logis. Cet événement imprévu changeait la face des affaires.

Pendant la maladie du roi, il est intéressant de regarder les Guises et Catherine. Les uns font tout ce qu'ils peuvent pour s'attacher vivement et indissolublement à la reine-mère: le cardinal de Lorraine, dont les ennemis déclarés sont le roi de Navarre et Condé, le cardinal, se voyant à la veille de perdre forcément toute autorité, puisque de par les lois fondamentales de l'Etat, dans les minorités, le prince du sang le plus proche parent du roi est nécessairement le plus puissant, le cardinal voudrait que la reine agît à sa tête et qu'elle signât, pendant les derniers moments du roi son fils, une sorte d'arrêt de mort de Navarre et de Condé. Le chancelier de l'Hôpital conseilla autrement la reine, qui, de son côté, n'aspirait qu'à pactiser avec un parti dont les chefs étaient si hauts seigneurs et par le sang et par l'influence. La politique lui dictait de se ménager des faveurs, à la veille d'une minorité

François de Lorraine. u

qu'elle espérait diriger sans le secours des Guises, dont la situation, la popularité et la clairvoyance gênaient son ambition.

Pour échapper aux luttes orageuses dont il était témoin et souvent victime à Orléans, le jeune roi demanda à se retirer à Chenonceaux avec la reine. Le 3 décembre, jour fixé pour son départ, il fut saisi de frissons, et se plaignit tout à coup d'une douleur intolérable à la tête et à l'oreille. Les médecins, appelés en toute hâte, ne tardèrent pas à reconnaître qu'il avait un abcès à l'oreille accompagné d'une inflammation aiguë au cerveau; que tout espoir était perdu. Se sentant mortellement atteint, le jeune roi ne parut rien regretter que son épouse, dont l'affection lui avait donné l'unique bonheur qu'il eût connu sur le trône, et qui en ce moment était la seule qui pleurât sincèrement. Après avoir rendu témoignage à son dévouement et à ses vertus, il demanda à sa mère de la traiter toujours comme une fille, puis à ses frères et aux princesses de la regarder comme une sœur et de prendre soin d'elle pour l'amour de lui. Il essaya d'ajouter quelques paroles, en regardant Marie qui se tenait à son chevet, mais ce fut en vain. « Le 5 décembre, à onze heures de la nuit », écrit Trockmorton, ambassadeur d'Angleterre, « le roi a rendu son âme à Dieu, laissant son épouse aussi accablée et désolée qu'elle a juste raison de l'être. Elle a veillé auprès de lui tout le

temps qu'a duré la maladie; la fatigue de ces longues veilles, et surtout l'issue qui les termine, l'ont tellement abattue qu'elle n'est pas elle-même dans le meilleur état de santé, sans que toutefois il y ait danger pour ses jours. » Infortunée princesse ! Il eût mieux valu pour elle ne point survivre à sa douleur (I).

La mort de François II était pour Marie Stuart un événement qui ruinait son bonheur et ses espérances : c'était le commencement de l'infortune. La France n'était plus pour elle désormais cette patrie adoptive qui l'avait accueillie avec tant de sourires ; orpheline et veuve à dix-huit ans, elle restait sans appui, à peu près étrangère dans cette cour où, hier encore, elle était reine adorée. Ses oncles bannis faisaient place à leurs rivaux politiques, et Catherine de Médicis, qui ne l'aimait point, arrivait enfin à ce pouvoir qu'elle avait si longtemps rêvé.

Marie Stuart, tout entière à sa douleur, ne sembla d'abord s'apercevoir que de la perte irréparable qu'elle venait de faire. «Vous avez perdu», écrivait-elle à Philippe II, «le meilleur frère que vous aurez jamais, et consolé par vos lettres la plus affligée pauvre femme qui soit sous le ciel, m'ayant Dieu privée de tout ce que j'aimais et tenais cher en ce monde, ne me laissant consolation, quelle qu'elle soit, que quand je vois ceux qui plaignent sa fortune et mon trop grand malheur. »

i. Jules Gauthier, Histoire de Marie Stuart.

Ils étaient rares ceux-là ! « La reine-mère», dit Melvil, « fut bien aise de la mort de François II, son fils, parce que c'étaient les Guises et non elle qui gouvernaient sous son nom, et qu'elle allait être débarrassée de ces princes et de leur nièce, qu'elle détestait à cause d'eux (I). »

Le cardinal de Lorraine et le duc François, qui savaient tout ce que cette mort, en les précipitant du pouvoir, pouvait porter de préjudice à leur fortune, se préparaient aux événements. Prévoyant que les États Généraux, usant de leur droit, pourraient confier la tutelle du futur roi à Antoine de Bourbon, ils furent les premiers à conseiller à Catherine de Médicis de l'appeler auprès d'elle et de le nommer lieutenant général du royaume, après qu'il se serait engagé à lui abandonner la régence. La reine prit l'avis du chancelier de l'Hôpital, et manda le roi de Navarre.

Pendant les derniers jours de la maladie du roi, le faible et craintif Antoine de Bourbon n'avait presque plus osé sortir de son hôtel, épiant sur la figure des courtisans les impressions de la cour, et redoutant

i. Le bruit courut qu'il avait été empoisonné parles soins de Catherine de Médicis, que c'était cette marâtre qui avait engagé le barbier du roi à lui verser du poison dans l'oreille. Ce fut la punition de la joie indécente qu'elle avait témoignée de sa mort. Il n'est pas inutile d'ajouter que cette accusation d'empoisonnement du fils par la mère est aussi fausse que monstrueuse. Le docteur A. Carlier en fait justice dans son curieux opuscule sur la mort du roi de France, et démontre que François II, mourut d'une <i carie de rocher ». Voyez notre livre L amiral de Colig?iy.

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