CHAPITRE TROISIÈME
que les événements ne fissent qu'apporter un dernier coup à son crédit déjà si fortement ébranlé. Catherine avait fait entendre contre lui des paroles de menace qu'elle savait devoir lui être rapportées. Ce fut donc comme un coupable n'ayant plus qu'à implorer sa grâce que Bourbon se rendit à cette entrevue, d'où il devait sortir avec l'investiture du plus grand pouvoir du royaume. Fidèle à son rôle, Catherine accueillit Bourbon avec des airs presque courroucés, et, sans lui permettre de se disculper, lui reprocha les accusations vraies ou fausses qui pesaient sur lui. Après l'avoir ainsi tenu à sa merci devant les princes de Lorraine, elle lui proposa le titre de lieutenant général du royaume à la condition qu'il renoncerait à la régence. Antoine de Bourbon devait avoir le commandement des armées de terre et de mer, la haute administration de toutes les choses de guerre, mais c'était Catherine qui devait avoir le sceau royal, et conserver la haute direction des affaires politiques avec l'aide du conseil privé. Par cet accommodement, Catherine de Médicis se flattait de conserver, en réalité, le gouvernement dans sa main, et d'être en mesure d'opposer toujours les uns aux autres les trop puissants seigneurs capables d'accaparer le pouvoir.
Les Guises avaient obtenu du roi mourant un aveu public qui les déchargeait de la part qu'on les accusait
d'avoir prise dans le procès et dans la condamnation du prince de Condé. François II avait assumé sur lui seul toute la responsabilité de cet acte.
Le roi de Navarre feignit donc, en présence de la reine-mère, de ne conserver dans le cœur nulle rancune contre les Guises, et il alla même jusqu'à les embrasser, pour témoigner de ses bons sentiments à leur égard. Le cardinal et le duc, qui, pour se préparer un retour probable à la cour, avaient dû se résigner à descendre volontairement du pouvoir, recevaient de Catherine de Médicis l'assurance que leurs services ne seraient point oubliés, et que, plus que jamais, elle comptait sur leur dévouement. Elle semblait même ne plus vouloir permettre que leur autorité fût diminuée, tandis qu'en réalité elle complotait déjà avec le nouveau régent leur éloignement de la cour.
Montmorency qui, à la nouvelle de la maladie du roi, avait quitté ses domaines pour se rendre à Orléans, était revenu prendre sa place de connétable. Quant aux Châtillons, ils relevaient la tête et parlaient haut. Les Guises, bien que toujours membres du conseil, voyaient leurs partisans passer dans les camps ennemis, si bien que quand ils arrivaient à la cour, c'étaient eux maintenant qui de tous les seigneurs, avaient la plus mince escorte. Le cardinal dut se répéter souvent : Sic transit gloria mundi !
Avènement de Charles IX. — Situation des partis. — Réunion des États Généraux. — Politique de Catherine de Médicis. — La situation religieuse ; excès des protestants. — Les relations des ambassadeurs vénitiens. — Le Triumvirat, organisation de la ligue catholique. — Politique du duc de Guise vis-à-vis de l'Espagne. — Colloque de Poissy. — L'édit de Janvier. — Agitation dans les provinces.
rA mort de François 1 1 dont les Réformés disaient que c'était « un coup du ciel », livrait le royaume de France à tous les périls et à tous les hasards d'une nouvelle minorité. Avec le règne de Charles IX commençaient les terribles guerres de religion dont la conjuration d'Amboise avait été le prélude. Au reste, dès l'année précédente, 1559, les protestants avaient entrepris les hostilités par le pillage et l'incendie des églises.
Le massacre des prêtres et des citoyens fidèles à l'Église romaine devient l'accompagnement habituel de ces premiers désordres. La guerre civile éclate avec toutes ses horreurs. Comme autrefois la religion de Mahomet, la religion de Luther et de Calvin s'impose par la violence. Durant de longues années elle amoncelle ruines sur ruines, cadavres sur cadavres ; ce ne sont que crises lamentables et douloureuses. La
Guyenne, le Languedoc, le Poitou, la Saintonge, sont les premiers éprouvés. Bientôt le mal se généralise.