CHAPITRE PREMIER
pour toutes leurs justes réclamations, pour les moindres détails relatifs à leur bien-être. C'est ainsi qu'un jour la garnison du château d'Exilés s'adressait à lui, pour « fayre fayre une garde pour les pouvres « souldars et quelque ordonnance pour le boys à cause « de froydures, car c'estoit chose impossible de fayre la « garde sans feu estant aux montaignes ».
En raison de ses charges naturelles et de celles qu'il s'imposait volontairement, le duc de Guise, malgré sa grande fortune, se trouvait assez fréquemment dans un état de gêne pécuniaire. Par exemple, en octobre 1 55 1 , il faisait acheter trente-huit corselets pour les envoyer à Guise, et son trésorier Tyon, dépourvu de tous fonds pour les solder à maître René le Per fumeur, qui venait de les fournir, fut obligé de remettre à celui-ci de la vaisselle d'argent en « gaige et seureté de la marchan- « dise ».Et pourtant à cette même époque, où son crédit financier semblait si réduit, François de Lorraine recevait la proposition d'acheter la terre de Morvilliers, pour laquelle, lui disait-on : « homme ne mettroit en- « chère sur la sienne », et d'ajouter une autre acquisition à celles des aides de Provins et de Saumur qu'il avait faites l'année précédente.
La considérable étendue des biens du duc de Guise suscitait fréquemment, avec des particuliers, « avec le populaire », avec des magistrats municipaux, avec les préposés des impôts, avec les officiers des eaux et
forêts, des incidents, des difficultés, des procès dont la poursuite lui donna lieu de se former un conseil judiciaire et administratif ; car, dans la régie si multiple de ses propriétés, ce prince avait à apaiser parfois de sérieux débats même entre ses propres employés.
Élevé par sa mère, la noble et vertueuse Antoinette de Bourbon, dans les chrétiennes traditions de sa race, François de Lorraine ne se mit pas à la tête du parti catholique par raison seulement et par patriotisme, mais par amour pour la religion de ses pères.
Un rôle différent, mais parallèle, était réservé au cardinal Charles, moins âgé de cinq ans que son frère. Grâce à une certaine propension vers la douceur des mœurs, grâce à la vivacité et à l'étendue de son esprit,ce dernier prince avait pu, dans son enfance, acquérir une érudition solide et variée, une sûre et facile éloquence que faisaient pleinement valoir les agréments de sa belle physionomie, la dignité de sa personne, la richesse de sa mémoire, et qui donna lieu un jour à Théodore de Bèze, « mettant le pied à l'estrier, en partant de Reims « où il venoit de conférer avec lui, dédire: Si j'avois « telle élégance que monsieur le cardinal de Lorraine, « j'espérerois convertir et rendre moitié des personnes « de la France à la religion de laquelle fais profes- « sion. »