‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 78 sur 142 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

délibéra ensuite d'aller au pont de Charenton, mais sur le tard elle changea d'avis, et alla au bois de Vincennes. Ainsi se passent les choses. Personne à la cour ne sait ce qu'il a à faire ('). )>

Au lendemain de la mort de François II il en était ainsi déjà, et l'affolement, pour être moins visible n'en existait pas moins clans les idées comme dans les actes de Catherine et de ses conseillers.

Au moment où commençait la réq-ence de la reinemère, le duc de Guise pouvait encore défendre son pouvoir. Il avait pour lui la force matérielle, l'armée et les boulevards d'Orléans ; il pouvait s'emparer de la personne du jeune roi, faire exécuter Condé, se défaire du roi de Navarre et de Coligny. Mais Catherine de Médicis, de son côté, avait étendu son influence personnelle ; elle était sûre de plusieurs commandants de place ou capitaines de compagnies d'ordonnance. Elle avait appelé le connétable : elle semblait prête à s'unir à Jeanne d'Albret, aux Montmorencys, aux Châtillons, à rassembler les vieux soldats de Henri II, pour protéger ses droits et ceux de ses enfants contre les usurpations dont on prêtait la pensée aux princes lorrains.

Le duc de Guise sentit la nécessité de désarmer devant elle. Les soldats de la garnison d'Orléans

i. Armand Boschet, La Diplomatie Vénitienne.

« offrirent leur service au dit sieur de Guise de corps et de biens, jusqu'à la dernière goutte de leur sang. » Mais ces mêmes hommes n'osèrent faire feu quelques minutes plus tard sur l'escorte du connétable, quand il se présenta devant les fossés : le connétable était le chef légal de l'armée, c'était le vieux général des guerres d'Italie : «trouvant grosse garde à la porte Banière, il menaça les capitaines qui y commandaient de les faire pendre » ; c'était son ancien langage : ils reconnurent le chef, ils cédèrent à l'habitude de la discipline, ils baissèrent le pont-levis ; le connétable entra en grondant, et vint avec ses gentilshommes chez la reine-mère, près de laquelle se tenait déjà le chancelier L'Hôpital. Les forces légales du pays semblaient unies contre l'autorité nécessaire des Guises.

Mais le pouvoir royal était bien déchu et bien impuissant à cet avènement du jeune Charles IX. Le royaume était partagé entre plusieurs souverains : chaque gouverneur s'était rendu indépendant dans sa province, et la France se trouvait entre les mains de quelques seigneurs qui se préoccupaient de faire oublier l'autorité centrale et de transmettre à leurs fils leurs droits usurpés : le roi de Navarre se regardait comme le maître de la Guyenne, autant que du Béarn ; le Dauphiné et la Champagne appartenaient au duc de Guise, le Lyonnais et le Bourbonnais, au maréchal de Saint-André, la Bourgogne, au duc de Nevers. Les

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