‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 79 sur 142 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Montmorencys tenaient F Isle de France et le Languedoc.

La Normandie était à Coligny, la Provence au comte de Tende, la Bretagne au duc d'Etampes. Ces petits souverains cherchaient déjà à se disputer leurs partisans, à s'agrandir aux dépens les uns des autres. Catherine entreprit de les dompter; elle «jetait parfois de l'huile sur tel feu, parfois de l'eau», dit d'Aubigné. Elle régnait; dans ses mains se réunissaient peu à peu tous les pouvoirs; elle ne commettait pas une faute et ne perdait pas une occasion de profiter de celles des soldats querelleurs qui l'entouraient; elle se gardait surtout de laisser renverser le duc de Guise, dont le concours pouvait lui être nécessaire contre des convoitises trop impatientes, faites pour éprouver ce quj restait encore de forces au prince lorrain, et apprécier ce qu'il était capable d'endurer.

La reine-mère s'avançait avec patience vers son but, la reconstitution du pouvoir royal. Elle avait donné au roi de Navarre le titre de lieutenant général du royaume que possédait le duc de Guise sous le règne précédent, mais elle ne voulait ni trop amoindrir ce dernier, ni accorder une trop grande influence au roi de Navarre.

Au lieu des largesses et des pillages qui avaient signalé l'avènement de Henri II, les seigneurs trouvaient devant eux la main de Catherine pour les tenir et les diriger: ils comprirent en quelques semaines que

leurs divisions achèveraient de les ruiner, et qu'en présence d'une femme comme Catherine, ce n'était pas trop d'une indissoluble union pour soutenir leurs privilèges contre les revendications de la royauté.

Catherine tenta d'empêcher un accord qui se faisait en réalité contre l'autorité royale. Elle réussit à maintenir le roi de Navarre en dehors de l'intrigue, et rechercha l'alliance de Condé et de Coligny. Mais Condé et les Châtillons étaient liés aux églises protestantes, habitués à recevoir d'elles des subsides, contrôlés par leurs ministres et par conséquent plus que suspects aux catholiques. Antoine de Bourbon, attiré vers l'Espagne parla promesse fallacieuse d'une restitution de son royaume de Navarre, poussé par ses favoris vers les Guises, par sa femme, Jeanne d'Albret, vers les réformés, affligé de se voir séparé de son frère, le prince de Condé s'égarait dans ses incertitudes et perdait toute importance.

Excité par les railleries que les huguenots lançaient contre lui, poussé par sa femme, Madeleine de Savoie, par le maréchal de Saint-André, par les catholiques éminents de l'État et de l'Église, Montmorency, d'ailleurs très attaché à la foi, eut une entrevue avec le duc de Guise. Leur inimitié fut sacrifiée à un but commun. Ils conclurent une alliance dans laquelle ils admirent comme leur collègue le maréchal de Saint André, créature de François de Lorraine et son principal né-

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