CHAPITRE QUATRIÈME
gociateur auprès du connétable; cette alliance, qui fut baptisée du nom de Triumvirat, avait un contrat basé sur deux clauses principales : défendre la religion catholique, et gouverner la reine-mère et le petit roi pour les soustraire à la pression du parti protestant.
Une fois constitués comme un gouvernement en dehors du gouvernement, les triumvirs voulurent sceller leur union aux yeux de tous par un grand acte religieux. Ils communièrent ensemble, le 6 avril 1561, à Fontainebleau où résidait la cour. Le soir même, le connétable donna un souper splendide au duc de Guise et à Henri, prince de Joinville, son fils, que les fanatiques de la maison de Lorraine en France appelaient tout bas le Dauphin. Le maréchal de Saint-André était aussi du festin, mais un peu en subordonné. C'était le Lépide féodal du triumvirat, aussi brave que ses collègues, moins considéré, moins illustre.
Leur alliance avec le connétable ressuscita la puissance des princes lorrains. Cette puissance, un moment chancelante, avait été soutenue par le bras, par le cœur et par le génie du duc de Guise ; elle allait se relever plus haut que jamais par le prestige du triumvirat. Le duc y dominait. Il y avait deux voix: la sienne et celle du maréchal de Saint-André. Bien plus, quand il avait incliné son troisième collègue à une résolution, le nom de Montmorency joint au sien l'investissait d'une autorité morale incalculable.
A cette nouvelle, la reine et l'Hôpital se rapprochèrent des huguenots. Le chancelier s'aida des protestants contre les catholiques trop influents, et, balançant les uns par les autres; il essaya de les soumettre tous. Les querelles entre les deux partis s'étaient multipliées dans des proportions effrayantes. Chaque semaine c'étaient des rencontres fortuites qui provoquaient des outrages, des duels, des meurtres. L'Hôpital rédigea et promulgua, le 19 avril, un édit qui défendait à tous de s'injurier par ces mots de huguenots et de papistes.
Cet édit, qui fut appelé X édit de tolérance (1561), rendait aux détenus pour cause de religion, la liberté, aux bannis la patrie, aux spoliés les biens confisqués, pourvu qu'ils vécussent catholiquement et sans scandale.
Le duc de Guise reprenant pour son compte la politique de Henri I I,se mit en relation directe avec le roi d'Espagne. Acette époquecommença la longuesériedes lettres échangées entre les Guises et les agents d'Espagne: les malentendus furent oubliés, le duc de Guise devint le confident de Chantonnay, ambassadeur de Philippe 1 1 ; il proposa l'union de tous les princes pour l'extermination de l'hérésie. Les mémoires- journaux du duc de Guise ont conservé les clauses de cet accord entre « le duc de Guise, grand-maître, et de Montmorency, connétable pair de France, et le maréchal de Saint-André, pour la conspiration du triumvirat contre