‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 9 sur 142 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Il était très versé dans la connaissance du grec, du latin, de l'espagnol, parfaitement familiarisé avec la

fit

La mitre de Charles de Guise, cardinal de Lorraine,

conservée dans le trésor de la cathédrale de Reims jusqu'à la

Révolution. (D'après une gravure du XVIIIe siècle )

langue italienne, profond dans la science théologique, apte à traiter tous les sujets, particulièrement ceux qui

se rapportaient à la politique. Les poètes du temps le comparèrent souvent à Mercure à cause de cette qualité, et ses talents précoces le firent appeler, en bonne part, monstre de nature, par le chancelier Olivier, qui, selon l'esprit des écrivains contemporains, voulut même trouver dans le nom de Carolus Lotaringus les mots : Orator gallicus unus.

Les avantages extérieurs du cardinal étaient en rapport avec l'élévation de ses facultés. Le front largement développé, quoique son visage, assez brun et coloré, eût plutôt une forme allongée, le regard tour à tour riant et pensif, la taille haute, droite et bien proportionnée, la voixpleine et claire, sortant d'une bouche garnie de dents courtes, unies et serrées, tout révélait en lui la supériorité et commandait l'attention ou le respect. Ces heureux dons, que tout le monde lui enviait, devaient, dans la suite, être mis au service de projets étendus dans lesquels un ardent et rigoureux intérêt pour la religion intervint à la fois comme moyen et comme but.

Par sa prudence, par le talent qu'il possédait d'inspirer à ses serviteurs une fidélité toute dévouée, le cardinal sut, en diverses occasions, parer les coups, déjouer les pièges de ses ennemis; il força l'amiral deColigny à dire de lui, au moment de la bataille de Dreux, en considérant les troupes royales prêtes à combattre :«Je redoute moins toutes ces armes que le génie d'un seul prêtre. »

Page 1