CHAPITRE QUATRIEME
les hérétiques et contre le roy de Navarre, en tant qu'il gouverne et conduict mal les affaires de Charles neuvième, roy de France, mineur, lequel est autheur du continuel accroissement de la nouvelle secte qui pullule en France. »
Exalté par cet appui inattendu que les personnages les plus considérables de France venaient prêter à la politique de son maître, l'ambassadeur Chantonnay devenait hautain près de Catherine, et avait toujours des menaces à la bouche. Catherine accentua davantage son mouvement vers les protestants.
Sous son influence, le roi de Navarre, qui était protestant et partisan zélé de la réforme, eut l'audace et la présomption de commettre une faute nouvelle; il s'engagea à désavouer le concile de Trente, et à convoquer, en un concile, lui, regardé comme chef des huguenots, tous les évêques de France et d'Angleterre, pour déterminer, en dehors de l'influence pontificale et sans le clergé espagnol, les changements qui pouvaient être apportés au dogme et au culte. Ces concessions auraient pu, selon une idée de Catherine, que l'on ne croirait pas capable, elle la grande politique, d'une pareille aberration, recueillir, dans les deux opinions . opposées, les gens pratiques, les caractères modérés, et créer un parti de gouvernement à l'aide duquel elle aurait reconstitué l'autorité royale.
Cette attitude de la reine-mère, et cette résolution
qu'elle semblait avoir prise d'interdire les querelles entre ses sujets, n'étaient un secret, ni pour les catholiques, ni pour les protestants. Son ancien chevalier, le brave Tavannes, avait intercepté les lettres qu'elle écrivait à la duchesse de Savoie, sa belle-sœur. Par ces lettres, dit-il, « la Royne luy escrivoit qu'elle estoit résolue de favoriser les huguenots, d'où elle espéroit son salut contre le triumvirat », et insistait pour que le duc de Savoie mît opposition aux levées de gens de guerre que demandait le duc de Guise.
Catherine accueillait les principaux ministres protestants ; Calvin pressa Pierre Martyr d'entrer en relation avec elle : celui-ci écrivit à l'église de Turin que la reine lui avait demandé de la voir souvent et en secret. Le 23 août 1561, à minuit, Théodore de Bèze, le chef des ministres calvinistes de France, avait eu une entrevue avec Catherine, en présence des cardinaux de Lorraine et de Bourbon, dans la chambre de Jeanne d'Albret, au Louvre. Catherine, qui n'espérait pas cacher ces mystères aux Guises, croyait les compromettre en essayant de les mêler dans ces conciliabules ; le duc de Guise assista, ainsi que son frère, à une de ces entrevues, et s'il témoigna quelque bienveillance à Théodore de Bèze, ce fut à sa personne, et non à ses théories. Mais le jeu était dangereux pour Catherine. A se lancer ainsi au milieu des réformateurs elle risquait l'avenir même de la