CHAPITRE QUATRIEME
« cour de France faisait la sourde oreille ; elle se con- « tentait de répondre par des promesses vagues et gé- « nérales et l'on préparait toujours la réunion du clergé « national. Si plusieurs prélats, entr'autres le cardinal « de Tournon et la Sorbonne elle-même, étaient op- « posés à cette as- « semblée qu'ils re- « gardaient comme « inutile et dange- « reuse, d'autres la i désiraient. »
Le cardinal Borromée, qui avait la confiance du pape Pie IV, écrivait au cardinal d'Esté et au nonce, l'évêque de Viterbe, pour leur tracer la lio-ne de conduite qu'ils devront suivre vis-àvis de cette assemblée dont ils n'ont pu empêcher la réunion. « Sa Sainteté, dit-il au cardinal, veut que vous « vous gardiez bien, vous, les autres envoyés du Saint- « Siège ou leurs ministres, d'intervenir dans les discus- « sions ou disputes qui ont lieu entre ces ministres hé- « rétiques. » Dans une autre lettre, du même jour, le
Saint Charles Borromée.
cardinal ajoute : « le pape vous laisse néanmoins une « certaine latitude dans les cas où votre intervention « deviendrait nécessaire pour réfuter des erreurs, qui « pourraient exercer une funeste influence sur les bons «ou sur les esprits hésitants.... Sa Sainteté pense « encore que la voie de douceur et de conciliation, « que Votre Seigneurie illustrissime a peut-être l'in- « tention de suivre, n'est ni la plus sûre, ni la plus « facile pour arriver à quelque bien. Il est mieux de « leur tenir tête, a mostrare loro il viso, et de faire de « courageuses remontrances à toutes les fois que cela « sera nécessaire. La bonté et la courtoisie n'ayant, « jusqu'ici, servi qu'à rendre les hérétiques plus au- « dacieux ('). »
La cour, par mode, par faiblesse, ou parce que le parti protestant se remuait davantage, ou encore par la commodité extrême, pour des gens aussi corrompus, d'une religion sans confession ; la cour se trouvait bien près de devenir hérétique. Une page du début des Mémoires de Marguerite de Valois fait ressortir ce fait d'une façon saisissante : On y voit la résistance qu'elle fit, pour conserver sa religion, « du temps du sinode de Poissi, où toute la cour « estoit infectée d'hérésie », aux persuasions impérieuses de plusieurs dames et seigneurs de la cour : « Mon enfance n'avoit pu éviter l'impression de la mal-
i. Lettre du 17 octobre 1561. Archives secrètes du Saint-Siège.