‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 84 sur 142 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

« heureuse huguenoterie ('), qui sans cesse me crioit « de changer de religion, jettant souvent mes heures « dans le feu, et au lieu me donnant des psalmes et « prières huguenotes, me contraignant les porter, « lesquelles, soudain que je les avois, je les baillois à « madame de Curton, ma gouvernante, que Dieu « m'avoit fait la grâce de conserver catholique, laquelle « me menoit souvent chez le bonhomme (2), monsieur « le cardinal de Tournon, qui me conseilloit et forti- « fioit à souffrir toutes choses pour maintenir ma reli- « gion, et me redonnoit des heures et des chapelets « au lieu de ceux que l'on m'avoit bruslés. Mon frère « d'Anjou et ces autres particulières âmes qui avoient « entrepris de perdre la mienne, me les retrouvant, « animez de courrous, m'injurioient, disant que c'estoit « enfance et sottise qui me les faisoit faire ; qu'il pa- « raissoit bien que je n'avois point d'entendement ; « que tous ceux qui avoient de l'esprit, de quelque « aage et sexe qu'ils fussent, oyants prescher la vérité « s'estoient retirez de l'abus de cette bigoterie ; mais « que je serois aussi sotte que ma gouvernante. Et « mon frère d'Anjou, y ajoutant les menaces, disoit « que la royne ma mère me feroit fouetter, ce qu'il « disoit de luy mesme, car la royne ma mère ne sca-

i. Plusieurs des serviteurs de la cour pratiquaient ouvertement la Réforme, entre autres Madelon, la nourrice de Charles IX. 2. Expression familière du temps.

« voit point l'erreur où il estoit tombé ; et soudain « qu'elle le sceut, tança fort lui et ses gouverneurs, « et le faisant instruire le contraignist de reprendre la « vraye, saincte et ancienne religion de nos pères, de « laqttelle elle ne s estoit jamais départie. »

Au commencement de septembre, les ministres protestants français et étrangers, munis de sauf-conduits, affluèrent clans Poissy. Théodore de Bèze, le plus célèbre d'entre eux, déjà désigné par Calvin comme son successeur, et envoyé par ce dernier, malade depuis trois ans, comme son représentant, se rendit aussitôt chez le roi de Navarre, celui-ci le mena chez la reine pour faire sa révérence. Catherine de Médicis lui parla de ses livres, qui, tous, étaient fort mauvais et parmi lesquels se trouvaient notamment des poésies dont il ne se vantait point ; le cardinal de Lorraine entreprit de le questionner par anticipation sur les questions à vider dans les séances du colloque. Le fameux pasteur se montra, dans ses réponses, courtois et conciliant, son interlocuteur se déclara même satisfait.

Ces explications à pointes émoussées n'étaient qu'un prélude. Les protestants demandèrent l'engagement formel que dans le colloque, les prélats catholiques ne fussent pas leurs juges, afin que ces derniers ne restassent pas arbitres en leur cause, et que l'on pût s'expliquer plus librement. Les princes du sang aux-

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