CHAPITRE QUATRIEME
« D'autant que la diversité des opinions est le principal fondement des troubles et séditions, le roy a suyvant ce qui a déjà été arresté par les deux assemblées, accordé un saufconduit aux ministres de la dicte secte, espérant qu'une conférence avecques eux amiable et gracieuse pourroit grandement proficter. Et pour ceste cause, il prie toute la compagnie de les recevoir, comme le père fait ses enfants, et prendre la peine de les endoctriner et instruire.
« Et s'il advenoit le contraire de ce qu'il espère et qu'il n'y eust moyen de les réduire, n'y de nous réunir, pour le moins ne pourroit-on dire cy-après, comme pour le passé, qu'ils ont été condamnés sans les ouyr. Et de cette dispute bien et fidèlement recueillie d'une part et d'autre, la faisant publier par tout le royaume telle qu'elle aurait été faite, le peuple comprendra que cette doctrine a été aprouvée et condamnée par bonnes raisons, non par force nyauctorité. Promet Sa Majesté que, comme ses prédécesseurs rois l'ont été, il sera en tout et partout protecteur et défenseur de son Eglise».
Si le discours du chancelier n'avait contenu que ces paroles, personne n'aurait eu à y reprendre, mais Michel de l'Hôpital s'étendit (inutilement du reste) sur la nécessité de prendre l'Écriture Sainte pour mesure et règle des sentiments chrétiens, corroborant son dire par l'urgence de ne pas se laisser prévenir contre les calvinistes au point de ne pas examiner s'ils avaient
raison, qu'après tout leurs faux raisonnements ne les empêchaient pas d'être nos frères et de croire en Jésus- Christ. Ces paroles prononcées par le chancelier, et d'autres sans doute, froissèrent le cardinal de Tournon, qui néanmoins se contint, loua la doctrine et le zèle du chef de notre magistrature (J), mais demanda une copie de son discours pour la communiquer aux prélats absents et mieux y répondre. Le chancelier refusa, et l'on donne à son refus deux motifs, de prudence tous deux : i° pour ne pas faire dégénérer le colloque, où tout devait se traiter de vive voix, en une conférence dans laquelle on lirait àesfactums; 2° pour ne pas se faire une querelle avec la cour de Rome, à cause des erreurs qu'il aurait pu commettre au point de vue théologique.
Après ce débat, la parole fut donnée aux ministres protestants. Théodore de Bèze, élu par tous, prit la parole en leur nom.
« Enfin Théodore de Bèze, assisté de douze ministres , fut ouy en pleine assemblée du conseil privé, dit Castelnau et de ceux qui estoient mandés de tous les endroits du royaume, le roy et la reyne sa mère présens. Il discourut fort amplement et disertement, comme aussi il estoit éloquent, de la religion protestante, sans estre nullement interrompu,
i. Encore que L'Hôpital ait joué dans les questions religieuses un rôle indigne de son caractère.