CHAPITRE QUATRIÈME
jusques à ce qu'il se hazarda de dire en telle compagnie, que le corps de Jésus-Christ estoit autant éloigné de l'hostie comme le ciel de la terre.
« Alors les évesques et seigneurs catholiques com- & &
mencèrent fort à murmurer : ce nonobstant, le roy
permit qu'il eust entière audience. Mais ayant achevé, le cardinal de Tournon, tant pour dignité qu'il avoit que pour son aage, avec le zèle de la religion catholique, et pour ce qu'il avoit toujours manié les affaires
d'estat, prit la parole, et s'adressant au roy, dit qu'il ne pouvoit plus ouyr tant de blasphesmes contre l'honneur de Dieu et son sainct évangile, en suppliant le roy, au nom de tous les prélats qui estoient présens, de ne croire en des propos si scandaleux : au contraire, que Sa Majesté ne devoit jamais départir d'un seul poinct la foy catholique, où tant de roys ses prédécesseurs avoient honorablement et heureusement vescu, et y estoient morts constamment. Le jour d'après, Théodore de Bèze escrivit touchant le propos qu'il avoit tenu du Sainct-Sacrement et de l'hostie, voulant adoucir son stile par une déclaration, qui fut depuis imprimée avec sa harangue, et néantmoins il persista en ce qu'il avoit dit. »
« Après la première session tous les prélats catholiques et docteurs de Sorbonne, pour lors assemblés, résolurent de faire response à la confession des protestans portée parleur harangue, et touchèrent seulement les deux poincts principaux, à sçavoir l'article concernant le sacrement de l'autel et de l'Eglise catholique : et fut faicte la response par le cardinal, à la seconde session de Poissy, le roy présent, et ceux qui avoient ouy la harangue des protestans. Alors les cardinaux et les députés du clergé, s'approchant du roy, le supplièrent pour le meilleur conseil que l'on lui pust donner de continuer en la vraye foy de l'Eglise catholique et religion de ses prédécesseurs. Théodore de Bèze