CHAPITRE QUATRIEME
supplia qu'il plust à Sa Majesté luy donner audience pour respondre sur-le-champ à tout ce qu'avoit dit le cardinal de Lorraine ; ce que le roy ne voulut faire, mais fut remis à autre jour, afin que personne ne fust esmeu d'adhérer aux propos des protestans. »
On se borna ensuite à de simples conférences où les catholiques furent représentés par deux évêques et trois théologiens. Le cardinal-légat exigea que Laynez, le général des jésuites, y fût admis, et celui-ci déclara que le jugement sur ces matières appartenait au pape ou aux évêques réunis. — C'était la pure vérité.
« Après avoir bien disputé l'espace de trois mois, il fut impossible d'accorder entre eux un seul article, ce qui ne servit de rien, sinon de révoquer en doute la religion des uns et des autres. » Les calvinistes avaient cependant insisté à plusieurs reprises, durant les discussions, pour qu'on ne les confondît pas avec les athées; ils poussèrent même le zèle jusqu'à se plaindre qu'il n'y eût pas de persécution organisée contre les incrédules ; ils en demandèrent contre tous ceux qui poussaient plus loin qu'eux les hardiesses de la pensée ; et cette bruyante intolérance des ministres réformés leur procura de nombreux prosélytes.
Aussitôt après la séparation des docteurs de Poissy, en décembre 1561, le duc de Guise s'éloigna de la
cour. C'était une de ces éclipses momentanées qu'il jugeait quelquefois utiles à son influence. Il feignait de se retirer en Lorraine ; il négligeait pour un temps les intérêts du triumvirat, afin de mieux se montrer nécessaire à ses incapables associés, et de préparer avec plus d'éclat un nouveau retour. Il espérait qu'en son absence Catherine se compromettrait plus franchement, et ferait aux protestants les avances qu'elle n'osait tenter devant lui.
En effet, à peine ce contrôleur menaçant et importun s'était-il écarté, que Catherine fit publier un édit, de janvier 1562, qui assurait aux réformés le libre exercice de leur culte, sous des conditions destinées à garantir l'ordre public.
L'édit de janvier concédait aux protestants le droit de tenir des prêches en dehors des villes, et en même temps il leur interdisait toute propagande, ainsi que toute attaque contre la religion catholique.
Cet édit fut très mal accueilli par les parle ments, fait observer le consciencieux Dareste. Celui de Paris se fit donner des lettres de jussion et n'enregistra que le 6 mars, par ordre exprès, en déclarant que l'enregistrement n'emportait aucune approbation de la nouvelle religion. Ceux de Toulouse et de Rouen résistèrent assez longtemps. Celui de Bourgogne envoya une députation à la reine pour lui exposer les raisons qu'il avait de s'opposer à l'exécution, et ces