‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 89 sur 142 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

raisons furent admises. La magistrature ne comprenait pas qu'on pût permettre l'exercice de deux religions dans une même ville. Etienne Pasquier, l'un de ses membres les plus libéraux, ne voit là qu'une débauche, c'est-à-dire une occasion de troubles et de scandales. Tout royaume divisé périra, disait Tavannes, et il demandait comment, l'unité de l'Eglise sacrifiée, on maintiendrait celle du gouvernement. L'édit de janvier déroutait toutes les idées des magistrats, qui voyaient, d'ailleurs, le progrès du désordre avec une inquiétude naturelle. Ils se servaient contre lui d'un argument très fort : c'était le système établi par les calvinistes à Genève. « Ce serait crime capital à Genève, dit Gabriel de Sacconay, auteur d'écrits contre Calvin, de faire aucun exercice de la religion catholique, tant s'en faut qu'on y voulut tolérer la liberté de conscience, pour autant qu'ils estiment d'endurer deux religions contraires être clause contrevenante à l'expresse parole de Dieu qui commande que toute idolâtrie et fausse religion soient exterminées. »

Pour les réformés, ils se montrèrent satisfaits. Coligny n'avait pas demandé autre chose que la liberté des prêches, les ministres jugèrent devoir se contenter d'avantages présents qui leur faisaient espérer d'autres succès prochains. « Ils prêchèrent, dit Castelnau, plus hardiment, qui çà qui là, les uns par les champs, les autres en des jardins et à découvert partout où la pas-

sion les guidoit et où ils pouvoient trouver du couvert comme les vieilles salles et masures et jusques aux granges, d'autant qu'il leur étoit défendu de bâtir temples et prendre aucunes choses d'église. Les peuples, curieux de voir chose nouvelle, y alloient de toutes parts et aussi bien les catholiques que les protestants, les uns seulement pour voir les façons de cette nouvelle doctrine, les autres pour l'apprendre, et quelques autres pour connoître et remarquer ceux qui étoient protestants. »

Le chancelier de l'Hôpital, qui voulait ménager tous les partis, se flattait de mettre fin par cet édit aux troubles du royaume. Il devait pourtant savoir que, pour parvenir à leurs fins, les calvinistes n'avaient pas craint de faire appel à l'étranger, et que l'Angleterre n'attendait qu'une occasion pour reprendre Calais et Boulogne. C'était le prix qu'elle mettait aux secours qu'elle avait promis à Condé.

« Ledit de janvier, avoue le protestant Sismondi, leur fit reconnaître leur force. Dans les mois d'avril et de mai 1562, ils prirent partout les armes tumultuairement, se rendirent maîtres des villes et de leurs temples, et, s'animant à détruire ce qu'ils nommaient les symboles de l'idolâtrie, ils profanèrent les autels et traînèrent les images et les reliques dans la boue. Ces outrages soulevèrent presque partout contre eux la populace et les paysans. »

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