‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 90 sur 142 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

On vit alors se renouveler des scènes comme celle que Joyeuse décrit dans ses lettres adressées de Languedoc au duc de Guise :

« Monseigneur, lui mande-t-il, l'année précédente, vous avez esté adverty des malheureux désordres et grandes cruautez qui se sont commises en la ville de Montpellier et ailleurs, à l'endroit de personnes de plusieurs bons subjets du roy, soubs prétexte de religion. Les affaires prennent tel cours et vont si en empirant, que, à ce que je voye et oye, il n'y a personne d'assuré que ceulx qui ont moyen de se retirer en quelque lieu fort. Je voys plusieurs gens de bien abandonner leurs propres maisons, et se retirant avec leurs familles, pour n'avoir seuretés de leurs dites propres vies qu'en en estant bien loin retirez des séditieux. »

Résultats du Colloque de Poissy. — Séparation des triumvirs. — Le duc de Guise au château de Joinville. — Négociations avec le duc de "Wurtemberg. — L'entrevue de Saverne. — Le massacre de Vassy. — Le duc de Guise à Paris. — Première guerre civile. — Bataille de Dreux.

ïÉË^f OU R le rétablissement de l'unité de la foi, T^/ £ les actes du colloque de Poissy avaient ( donc été stériles. Congédiés par la cour avec des témoignages d'égard, les ministres protestants se vantaient hardiment d'avoir conservé l'avantage , et les prêches ne se tenaient qu'avec plus de liberté. Tandis que Bèze et Malo attiraient pour les entendre « une multitude de jeunesse », le cardinal de Lorraine, par de doctes sermons prononcés à Notre-Dame, à Saint-Germain-l'Auxerrois, et dans d'autres églises principales de Paris (T), s'efforçait, de son côté, de retenir les esprits ébranlés. Mais le profit le plus réel que le parti catholique obtint à la suite du colloque fut le changement de croyance d'Antoine de Bourbon.

Ce prince paraissait frappé de la divergence des

i. Mémoires de Thon.

fc-

Entrée de l'Hôtel de Guise.

Rue des Archives, Paris.

■te

sectes hérétiques entre elles ; peut-être se sentait-il jaloux de l'autorité accordée à son frère par les protestants, peut-être fut-il séduit surtout par l'appât que lui présenta le légat de la restitution ou du moins d'un équivalent de la Navarre ; peut-être encore fut-il sincèrement persuadé par la solide éloquence du cardinal de Lorraine. L'importance de la conversion du premier prince du sang, du lieutenant général du royaume, était démontrée par l'irritation qu'elle causait aux réformés, dont la confiance croissait audacieusement (T) grâce à la faveur que la reine-mère se montrait de plus en plus portée à leur accorder. La fureur réciproque des partis suivait une semblable progression. C'était cependant pour les Guises un avantage vivement apprécié que ce renfort d'un ancien adversaire, d'un grand personnage qu'ils avaient humilié,et qui aujourd'hui n'allait plus hésiter à témoigner son adhésion à leur cause. Convaincus que le faisceau dont ils avaient formé le lien devait leur assurer un prochain retour d'autorité, ils ne dissimulaient plus leur mécontentement.

La tendance actuelle de Catherine de Médicis, fortifiée par l'expérience de l'inutilité des actes comminatoires pour étouffer les troubles, avait amené la

i. On prétend qu'ils avaient résolu, pour un jour du mois de janvier suivant, la dévastation simultanée des objets destinés au culte dans toutes les églises de France, projet avorté néanmoins en partie, et qui ne reçut d'exécution qu'en Guyenne et à l'église de Saint-Médard de Paris. (Documents historiques. Relations des ambassadeurs vénitiens, tome II, Cotnmentarii delPasioni del regno di Francia, etc.)

convocation, à Saint-Germain, d'une assemblée de notables destinée à faire succéder l'application d'une législation tolérante aux rigueurs des précédents édits. Mais les triumvirs, prévoyant qu'ils n'auraient pas une majorité dans cette assemblée de magistrats, quittèrent la cour. Mécontents de la faveur de Coligny et des desseins de L'Hôpital, le roi de Navarre et le maréchal de Saint-André allaient et venaient, tandis que le connétable de Montmorency partait pour Chantilly, le cardinal de Lorraine pour Reims et le duc de Guise pour Nanteuil, puis pour Joinville, résidence d'Antoinette de Bourbon, sa mère.

Le château de Joinville, digne d'une dynastie de rois, était entouré de fossés immenses et de murs crénelés. Les vastes corps de logis, flanqués de vingt tours, suffisaient à la plus nombreuse hospitalité. Les deux chapelles annonçaient la ferveur des maîtres. Elles étaient surmontées de la croix de Lorraine, sculptée aussi sur toutes les façades de l'édifice, sur le donjon quadrangulaire, au-dessus de la poterne en ogive, et de la grande porte cintrée qui remontait jusqu'à saint Louis. Cette imposante demeure avait passé des sires de Joinville à la maison de Guise.

Le duc François s'établit donc en novembre 1561 dans cette résidence, avec ses frères, moins le cardinal,

Page 1