‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 91 sur 142 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

avec sa femme et ses enfants, et son escorte d'amis, de pages, de serviteurs. La duchesse douairière de Guise, Antoinette de Bourbon, reçut en mère et en aïeule cette compagnie, ces fils et ces petits-fils, tout ce monde de gentilshommes dévoués qui avaient été précédés des meutes, des chevaux et des équipages de cette troupe brillante. La veuve de Claude de Lorraine fut affectueuse à tous, mais sa préférence et ses complaisances étaient pour le duc François, l'aîné de sa race, la gloire de son nom, l'épée et le bouclier de la sainte Eglise, cette autre mère de ses enfants.

Le duc de Guise reprenait vite ses habitudes dans cette vieille retraite rustique, splendide et guerrière. Les souvenirs de sa jeunesse se réveillaient. Il retrouvait partout les traces de son père. Il s'entretenait avec les vassaux, les paysans, les ouvriers les plus anciens, avec ceux surtout qui avaient été aimés ou connus de Claude de Lorraine. Il leur faisait des pensions et des largesses. Il se montrait accessible à tous. Il gagnait les cœurs d'un mot, ou d'une libéralité, ou d'un sourire. Il était respectueusement tendre pour sa mère, aimable pour sa femme, caressant pour ses enfants, bienveillant pour les gentilshommes, soit de sa suite, soit des environs. Ses tables étaient magnifiquement servies. Piqueurs, chiens et chevaux, étaient prêts aux premiers ordres. Le duc chassait souvent dans les vastes forêts de ses domaines. Quelquefois il

s'amusait à des travaux soit d'embellissement, soit d'agriculture, soit de fortification. Il jouissait de son repos en capitaine et en homme d'État dont les loisirs sont courts et qui les goûte d'autant mieux.

Il étaitingénieux à divertir samère et les personnesde leur intimité ou de leur service. Quand il avait fatigué leshommesaux grandes chasses du chevreuil, du cerf, du loup et du sanglier, il réservait pour les dames la chasse au vol. Il demandait au connétable des sacres et d'autres oiseaux de proie. Il le priait de les lui envoyer à Joinville, après les avoir fait acheter et examiner par les fauconniers de Chantilly, « les meilleurs de France », flatterie de politique consommée, amorce décevante à Montmorency et bien combinée pour le retenir dans des relations amicales. Le duc est d'une familiarité séduisante avec le connétable. «Je suis icy, lui écrit-il, au « plaisir de mon mesnage et à toutes sortes de chasses, « passant le temps heureusement. Vous penserez, mon- « sieur, que si je vous y puis servir (et en autre part) « je m'y emploieray d'aussi bon cœur que pour homme « qui vive, et vous supplie le croire ainsi. »

C'est au milieu de ces délassements que l'édit de janvier surprit le duc de Guise. Quoiqu'il s'y attendît, le prince lorrain en fut scandalisé et irrité. Il conseilla à ses amis et au roi de Navarre de s'opposer à l'enregistrement. Le parlement, très disposé aux déférences envers Antoine de Bourbon et le duc de Guise, hos-

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