‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 92 sur 142 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

tile d'ailleurs àl'édit, avait, nous l'avons vu, refusé tout d'abord de le ratifier : « Nonpossumus nec debemus, répondit-il au message royal. »

Cependant les protestants allèrent vite en besogne. Ils ne se contentèrent pas de tenir leurs prêches dans les faubourgs, conformément à l'édit; ils s'emparèrent des villes pour l'exercice de leur culte, et conquirent par force des églises. Dans l'explosion de leur joie, ils se moquaient du pape et des évêques. Leur triomphe de Poissy, qui n'était pas douteux, selon leurs pasteurs, ils le célébrèrent par des dérisions et des insolences où éclatait leur orgueil. Ils imprimèrent et répandirent une caricature qui représentait le cardinal de Lorraine à quatre pattes et broutant l'herbe, tandis que Théodore de Bèze, debout sur le dos du prélat qui lui servait de piédestal, prêchait la parole de Dieu aux fidèles disciples de Calvin.

Ces excès portèrent au comble la colère des catholiques et surtout de leur chef le duc de Guise. Ce qui acheva de l'exaspérer, ce fut l'audace des sectaires qui vinrent s'installer à Vassy, à quatre lieues de Joinville. Antoinette de Bourbon, princesse très pieuse et très fière, fut indignée d'un tel voisinage. Elle dépêcha Jérôme de Burges, évêque de Châlons, à ces hérétiques, soit pour les convertir, soit pour les éloigner. Le prélat ne réussit qu'à se faire insulter. Il avait pénétré au milieu d'eux, mais à peine avait-il prononcé quelques

mots qu'il fut interrompu par les cris : « Au renard ! au renard ! à l'asne ! à l'asne ! » L'évêque fut obligé de se retirer en toute hâte. Les calvinistes le poursuivirent, vociférant et hurlant ces injures, auxquelles il n'échappa que par la vitesse de sa mule.

L'outrecuidance des calvinistes depuis le colloque de Poissy et l'édit de janvier, la fureur sourde des catholiques, et sa propre colère, avertissaient le duc de Guise que la guerre civile ne tarderait pas à commencer. Sa correspondance devint plus active, avec le roi de Navarre, avec les triumvirs, ses collègues, avec Rome et avec l'Espagne.

Dans leur retraite champêtre et oisive en apparence, les princes lorrains se livraient donc à des occupations importantes. Le cardinal qui était retiré à Reims ne négligeait pas ses relations avec la cour d'Espagne.

Le duc de Guise agissait de son côté et indiquait ses démarches à Montmorency en lui écrivant, de Champenon le 15 janvier 1561 (vieux style) : « Je ne « vous puis assez remercyer et ne sçay en quoy « prandre revanche s'il ce n'est de vous advertir de la « bonne chère et de l'honneur que monsieur le duc et « mesdames les duchesses de Lorraine m'ont fait par « deçà où toutes foys je délibère ne faire long séjour si « tost que je me seray acquicté de l'entrevue de ces « seigneurs d'Allemaigne pour l'espérance qu'ils m'en

Philippe II,

d'après Alonzo Sanchez Coello.

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